Neon Genesis Evangelion : 5 raisons de (re)voir l’anime pour ses 30 ans

L’anime Neon Genesis Evangelion a fêté ses trente ans. Véritable chef-d’œuvre qui ne se cantonne pas à un seul genre et ose choquer, Evangelion, tantôt comique, tantôt tragique, pousse les spectateur·ices dans leurs derniers retranchements.

Depuis 1995, la franchise originale Neon Genesis Evangelion créée par Hideaki Anno a réussi à marquer toute l’industrie de l’animation japonaise et reste un incontournable du genre pour son public. L’occasion pour nous de revenir sur cet anime toujours aussi fascinant.

« En 2015, soit quinze ans après le Second Impact, un cataclysme planétaire provoqué par une explosion en Antarctique, la ville forteresse Tokyo-3 est menacée par les Anges, des êtres gigantesques détruisant tout sur leur passage. Pour les combattre, l’organisation secrète NERV a mis au point des Evangelion, d’immenses créatures bio-mécaniques pilotées par de jeunes adolescents. Espérant gagner l’affection de son père, Shinji Ikari prend les commandes de l’Eva-01. Il ignore tout de l’envergure du conflit qui se joue et de son implication… »

© khara

1. Le regard qu’apporte Neon Genesis Evangelion  sur l’animation 

Neon Genesis Evangelion reprend d’abord des codes visuels et narratifs familiers du public amateur d’animation japonaise, qui laissent entrevoir l’inspiration d’autres anime mecha. Les derniers épisodes nous lâchent ensuite dans l’inconnu : ils ne montrent pas seulement des scènes animées, mais aussi des scripts, storyboards et scènes animées au crayon à la place de plans aboutis et d’animation en celluloïd. Le staff nous laisse face à de longues scènes figées, lui permettant de se libérer des contraintes de l’animation et de se concentrer sur le propos, tout en nous impliquant entièrement au vu de l’expérience unique que cela nous fait vivre. Cette volonté d’Anno de sortir les épisodes tels quels nous fait remettre en question notre vision de l’animation et des contraintes que nous lui imposons. 

L’anime fait preuve d’une véritable inventivité, tant au niveau du scénario que de l’animation. C’était un des objectifs d’Anno : ne pas laisser l’industrie de l’animation japonaise sombrer dans la stagnation et la répétition en réalisant quelque chose de neuf, qui sort des sentiers battus.

2. La psychologie des personnages

Shinji n’est pas comme les protagonistes habituels de shōnen qui se montrent toujours confiants : il hésite beaucoup et souffre mentalement. Par moments, il se contente d’obéir aux ordres, tant qu’ils ne vont pas à l’encontre de ses principes. 

Shinji doit faire un choix : se battre pour ou contre le plan que mène son père en secret (le plan de complémentarité de l’Homme) et choisir un monde sans altérité, où tout le monde fusionne en une entité unique, ce qui signifie que plus rien ni personne n’existe : plus de corps, de dimension physique, ni d’identité propre. Cela permettrait peut-être d’éviter les conflits, mais nos personnages seraient-ils réellement plus libres, plus heureux ?

Il est important de noter que Neon Genesis Evangelion est sorti dans un contexte particulier : l’année de sa sortie, le Japon a subi le séisme de Kobe et l’attentat au gaz sarin de la secte Aum dans le métro de Tokyo. Quelques années plus tôt, l’éclatement de la bulle économique (1985-1991), a également grandement impacté la société japonaise. Pas étonnant, donc, de voir une œuvre aussi sombre, avec un protagoniste totalement désœuvré sortir à cette période. Evangelion touche en effet à plusieurs problématiques sociales, entre la difficulté du rapport aux autres, l’acceptation de soi, les normes sociales et le patriarcat. À travers différents procédés, comme le dilemme du hérisson, Evangelion explore notamment ce qui relie quelqu’un au reste du monde. L’anime reflète ainsi les angoisses de toute une génération.

Les deux derniers épisodes sont du jamais vu : ils ne répondent pas aux interrogations que le public peut avoir et se déroulent dans l’esprit de Shinji. Il se retrouve confronté à ses propres tourments et à des questions répétitives posées par son entourage. Les applaudissements de ses proches quand il arrive à s’accepter concluent l’anime, sans résolution concrète de l’histoire. Le film The End of Evangelion, sorti l’année suivante, propose une fin bien plus sombre, où la violence, physique et sexuelle, semble être la seule façon d’atteindre les autres.

3. « Zankoku na Tenshi no Thesis »

Cela n’aura échappé à personne : au cinéma, les sons sont eux-mêmes des images, qui participent à notre perception de l’œuvre. C’est une dimension que l’équipe derrière Evangelion a parfaitement saisie, la magnifique bande originale du compositeur Shiro Sagisu nous accompagnant du début à la fin. 

Certaines chansons sont associées à des personnages ou à des lieux, créant une familiarité au fil des épisodes. Un décalage entre certaines scènes et les musiques qui les accompagnent renforce également la puissance de l’anime. 

Outre la bande originale, quelques musiques classiques sont également utilisées, comme Ode to Joy qui est employée lors de la première apparition de Kaworu, ce qui contribue à rendre le personnage d’autant plus marquant. 

L’opening reste également l’un des meilleurs du medium. Quant à l’ending, lors de chaque épisode, Fly me to the moon est réinterprété par une personne différente, avec quelques variations, rendant l’anime unique jusqu’au bout.

4. Le rapport à la nature

Tokyo-3, cadre principal de l’histoire, n’est pas qu’une simple ville. Les membres de la NERV semblent ne jamais sortir de cet environnement technologique sans nature. En outre, quand Shinji pilote l’Eva, il ne fait plus qu’un avec elle et ressent tout ce qu’elle subit, effaçant presque la frontière entre l’humain et la technologie (d’autant plus quand on apprend l’origine des Evas…).

Les films Evangelion permettent d’explorer des fins alternatives, mais aussi de faire les choses en (plus) grand, avec plus de moyens et des techniques d’animation qui n’existaient pas encore durant la production de la série. Les trois fins proposées (Neon Genesis Evangelion, The End of Evangelion, Evangelion: 3.0 + 1.0 Thrice Upon A Time) offrent chacune une vision différente du rapport entre l’humanité et la nature : elle est soit détruite ; soit en train de reprendre ses droits, en parallèle des humains qui apprennent à vivre en harmonie avec elle. Toutes ces fins sont dépendantes des choix humains, notamment ceux de Shinji. 

Dans 3.0+1.0 (2021), par exemple, on découvre un village tentant tant bien que mal de s’en sortir après une catastrophe planétaire, avec une communauté travaillant dans les rizières et effectuant différentes tâches manuelles pour le bien du village, si loin du Tokyo-3 qui nous était présenté au début de l’anime. Cela permet d’interroger notre propre rapport à la nature et à la technologie.

5. Les scènes de combat

Impossible de ne pas mentionner ce point alors qu’on parle d’un mecha : les scènes de combat sont centrales dans l’anime. Elles sont particulièrement prenantes, portées par une animation fluide et une tension constante.

En outre, l’écart entre la rapidité des scènes d’action et des scènes, notamment dans la deuxième partie de l’anime, qui se concentrent sur les monologues intérieurs des personnages principaux, rend la tâche de quitter l’écran des yeux impossible tant Neon Genesis Evangelion est bien orchestré. La durée inhabituelle de certaines images fixes apporte également une tension importante aux scènes dans lesquelles elles sont employées.

La série animée Neon Genesis Evangelion touche différents publics grâce aux thèmes universels qu’elle aborde, même si elle reste profondément ancrée dans une production pensée par et pour les otakus. Elle fait partie de ces rares productions dignes du titre de chef-d’œuvre.

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