Koji Fukada décide d’ancrer Love on Trial dans le milieu particulier des idols.
Ces dernières années, Les communautés de fans sont plus répandues que jamais, et les agences se donnent à cœur joie d’instrumentaliser des relations qui virent (souvent) au voyeurisme. Après son précédent film Love Life, un mélodrame d’une brillante efficacité, le réalisateur revient dans les salles obscures avec Love on Trial, livrant le dilemme d’une jeune chanteuse de J-pop en pleine ascension qui doit choisir entre l’amour et la célébrité.
« Jeune idole de la pop en pleine ascension, Mai (Kyoko Saito) commet l’irréparable : tomber amoureuse, malgré l’interdiction formelle inscrite dans son contrat. Lorsque sa relation éclate au grand jour, Mai est traînée par sa propre agence devant la justice. Confrontés à une machine implacable, les deux amants décident de se battre pour défendre leur droit le plus universel : celui d’aimer. »

Les fans sont rois
Petit point glossaire : une idol est une jeune chanteuse ou chanteur, rattachée à une agence de divertissement, dont le but est autant de chanter et danser que d’incarner une image de perfection accessible et attachante. Contrairement à une star occidentale, l’idol cultive une relation très proche avec ses fans, via des rencontres régulières. Elle suit des règles strictes contractualisées et imposées par son agence, la maison de disque mais également les fans pour préserver une image de « pureté ». Parmi ces règles, l’interdiction d’avoir un petit ami.
Nos héroïnes sont parfaitement conscientes de ce qu’on attend d’elles et elles s’y plient sans rechigner. Les premières scènes de Love on Trial parviennent assez bien à démystifier d’emblée cet univers fait d’artifices et d’apparences trompeuses, alors que l’on voit le groupe se précipiter sur une petite scène pour exécuter sa chorégraphie synchronisée devant un public composé presque exclusivement d’hommes adultes. C’est à la fois un concert, une convention de fans et une occasion de se mettre en avant. Comme le label aime le rappeler aux membres des héroïnes, le classement au sein du groupe peut changer à tout moment.
Young, Wild & Free
Scrutés de toute part, les membres de Happy Fanfare n’ont d’autres choix que de compter sur elles-mêmes. La sororité qui découle de ces moments de vie, donne une couleur mélancolique au film, qui se retranscrit via les tonalités pastel et des mouvements de caméra flottants. Les scènes s’enchaînent sans déplaisir mais l’exposition tarde à arriver au point culminant : la rencontre amoureuse.
En usant d’effets miroirs, le film crée de la tension entre les personnages qui sont sur un fil d’équilibriste pour maintenir la cohérence entre la vie privée (cachée) et la vie publique. La rencontre de Kei et Mai – le duo romantique au cœur du récit – est disruptive dans le récit. Kei est un mime, est libre de toute contrainte. Sa présence offre une alternative, et pour illustrer ça, Koji Fukada n’hésite pas à user du surréalisme le temps d’une scène.

La descente aux enfers
Là où le bât blesse c’est que Koji Fukada traite son sujet de manière lisse. Sans vouloir lui faire un procès d’intention, le côté malsain du décorum autour du milieu des idol est assez répandu. Avec Love on Trial, il ne propose rien qui ne soit pas déjà vu. Alors qu’il y avait matière à apporter un commentaire incisif sur la nature éphémère de la célébrité moderne, on a l’impression de voir un disque s’enrayer au fur et à mesure. La structure en deux axes distincts n’aide pas : preuve en est, l’introduction tardive du procès qui se déroule sans réel accroc et l’amour (et les difficultés) entre Mai et Kei qui passe au second plan une fois l’ellipse passée.
Tous les enjeux financiers, moraux et émotionnels ne sont pas assez incarnés, que ce soit par les situations ou par les personnages secondaires. Ces derniers sont tellement peu développés – que ce soit les juges ou les membres du groupe – que chacune de leur apparition apparaît comme un caméo. On a l’impression que deux films mal ficelés ont été condensés en un seul, avec des personnages manquant de profondeur, des images inégales et un ton incohérent. La performance de Kyoko Saito est parfois touchante, mais même celle-ci semble trop discrète pour laisser une impression durable.

Malgré un point de départ intéressant et d’actualité, Love on Trial n’est jamais à la hauteur de ses promesses. Le film s’éparpille tout en restant superficiel sur les sujets qu’il convoque.
