Lost Media de Timothé Hochet et Lucas Pastor : Horror 404 not found

En attendant de no-clip dans les Backrooms le 17 juin 2026, c’est au duo Timothée Hochet et Lucas Pastor d’ouvrir le bal en nous faisant glisser dans 8 capsules d’effrois digitales. Installez-vous confortablement, éteignez vos lumières et montez le son de votre casque. Bienvenue dans la culture du Lost Media. L’horreur 2.0.

Pour tous ceux qui trainent sur YouTube depuis quelques années, difficile de passer à côté du phénomène Lost Media. Il n’y a qu’à voir le petit succès qu’a connu la chaîne de Feldup entre 2021 et 2024 qui s’est fait un spécialiste du sujet pour le public francophone.

Mais comme toute forme de sous-culture qui fait son nid, les médias traditionnels cherchent à s’emparer de la poule aux œufs d’or. De fait, armée de leur culture internet, Timothée Hochet et Lucas Pastor forment pour la seconde fois leur tandem sous l’égide de Canal+ afin de nous proposer une petite virée qui se voudrait aussi dérangeante qu’immersive à l’intérieur de ses archives perdues.

« Huit fichiers vidéos que personne n’était censé voir refont surface : un étrange trou noir qui se forme pendant la présentation d’un bulletin météo dans les années 70, l’apparition d’une silhouette sur un astéroïde lors d’une retransmission de la NASA, un banal tutoriel de magie qui tourne mal… Chacun de ces fichiers nous plonge dans les abysses mentaux d’un personnage. LOST MEDIA c’est huit histoires, huit hallucinations pour un seul secret. »

© Canal+

Analog Horror

L’explosion des RS au début des années 2010 a donné la possibilité à des millions de jeunes de trouver de nouvelles plateformes de partage pour créer, poster, faire circuler des vidéos avec une vitesse et viralité inédites. Les creepypasta en sont l’un des meilleurs exemples. Contraction de creepy et copypasta (copier-coller), cette forme d’horreur propre à Internet s’inscrit dans une logique proche des Lost Media : fabriquer un folklore numérique. À bien des égards, ces petites histoires qui transitent d’un écran à un autre ne sont que des prolongements logiques des légendes urbaines et ces histoires qu’on se contait près du feu.

Mais de quoi un Lost Media est-il le nom ? En surface : le terme désigne tous types d’œuvres, de documents ou d’enregistrements dont on connaît l’existence, mais introuvables, partiellement accessibles, voire définitivement perdus. Il peut s’agir de musiques, de publicités, d’enregistrements divers, mais la culture Internet et son horreur a plus d’affinités avec les musiques, les émissions pour enfant et les jeux vidéo. La face immergée : une recrudescence de notre esprit nostalgique et la capacité d’Internet de dévoyer tous nos meilleurs souvenirs d’enfance sous un vernis d’horreur.

C’est normal. La majorité des Lost Media célèbres révèlent d’ARG ou de creepypasta crées par un public jeune, d’où des motifs récurrents autour de l’enfance. On raconte ce qu’on connait. Candle Cove en est l’entité la plus connue : une nouvelle qui raconte l’histoire d’un faux dessin animé disparu, réputé traumatisant, dont le mythe s’organise autour d’un épisode maudit qui aurait provoqué pas mal de cauchemars chez son jeune public. Un principe que la série de Lucas Pastor et Timothée Hochet détourne et décline sur plusieurs épisodes.

Les documents interdits

Tenter de transposer les codes d’un autre médium au cinéma est toujours un exercice périlleux. La bonne intention suffit rarement. Et même si l’exercice est noble en plus d’être singulier et encourageant, le duo derrière Stéphane peine à retranscrire la terreur de l’exercice, préférant un jeu de pastiche qui reste largement en surface. Dès le pilote, l’instauration d’un prologue qui ouvrira tous les autres épisodes pour les “lier”, essaie de poser l’ambiance. Mais production Canal+ oblige : on reconnait la voix de Kad Merad. À peine la série commence que nous savons que tout est faux.

La suspension d’incrédulité est la bête noire de l’analog horror qui a pour habitude de baser son système de peur bien loin des standards établis par le mainstream. Au contraire, cette contre-culture a pour volonté de subvertir les attentes, de jouer loin des bancs de l’école. Ainsi, nous présenter des acteurs identifiés, ou commencer par un épisode de possession (un trope lié au cinéma d’horreur), n’était sans doute pas la meilleure idée. Les outils sont pourtant là : caméra de surveillance, images dégradées, faux documents, mais l’angoisse ne prend jamais, faute d’un lâcher prise et d’une véritable foi dans l’étrangeté.

Une (pas) inquiétante étrangeté

L’étrangeté, à l’image de l’usage récurrent du glitch en conclusion, finit même par se réduire à un simple gimmick de mise en scène. À l’exception notable de l’épisode 3 mettant en scène les visions hallucinées d’un trou noir et du dernier épisode et son tuto YouTube de magie qui tourne mal, l’ensemble apparaît excessivement schématisé, prévisible et répétitif. Même la présence de Feldup ne sauve pas le naufrage.

Si l’on peut reconnaître une volonté louable de varier les récits et les dispositifs, jamais ne surgit ce frisson si particulier, ce vertige viscéral qui fait naître la question essentielle posée par le genre : et si tout cela était vrai ?!

© Canal+

En calquant les règles du cinéma et de sa narration, Pastor et Hochet s’enferment dans une mécanique trop lisible et froide. Là où l’horreur internet est plus sourde et venimeuse, tout reste ici trop propre et conventionnel pour son propre bien. Davantage héritière de la Quatrième Dimension que des créations profondément dérangeantes d’Alan Resnick, Lost Media reste plus décevant que malaisant. 

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