Prompt à nous arracher quelques sursauts, Leviticus n’en est pas moins poignant dans sa romance queer adolescente garnie d’horreur. Encore dans l’ombrage de ses pairs, Chiarella porte tout de même avec aplomb et sobriété son exorcisme allégorique sur la répression.
Une fois n’est pas coutume, nous voyons dériver en France un film qui a déjà fait le tour d’un bon paquet de festivals, dont la section Midnight de Sundance. En se taillant une jolie réputation, adoubé au passage par une poignée de prix, on s’impatientait donc farouchement de le découvrir. Leviticus et sa monstruosité Queer réussira-t-il à se hisser sur le podium d’une année particulièrement faste pour le genre, ou sa légende le précède-t-elle déjà ? Réponse en moins de trois paragraphes et, promis, sans jumpscares.
« Deux adolescents doivent échapper à une entité violente qui prend la forme de la personne qu’ils désirent le plus : l’un l’autre. »

Il n’a pas de frontières
Dans une petite ville évangélique du Victoria, Naim et sa mère déménagent après la mort du père. De cette mort, nous n’apprendront rien, si ce n’est qu’elle a creusé un fossé dans la cellule familiale, ainsi qu’un chagrin que notre jeune héros va rapidement venir consoler dans les bras d’un élève de son lycée, Ryan.
Avec leur amitié fusionnelle, les deux camarades se chamaillent avant de laisser éclore un amour refoulé. Très vite, Leviticus dit son nom : à l’intérieur d’un cadre fondamentaliste, l’homosexualité est taboue et vue comme un mal qu’il faut exorciser. L’image de la thérapie de conversion est à peine masquée, et la « déviance », une aliénation qui va se muer en un espace de mise en scène pervers et éprouvant.
Jaloux d’avoir aperçu Ryan dans les bras d’un autre, Naim cafte au père de ce dernier, membre de l’église du village, qui n’aura d’autre solution que de faire appel au « Prédicateur de la Délivrance ». Un genre de prêtre fantaisiste au pouvoir divin qui ouvrira d’une simple flamme les portes de l’enfer sur la région, ou du moins seulement pour les adolescents.
Ainsi, le surnaturel s’infiltre. Le principe de l’entité est simple : invisible aux yeux des autres, elle prend, pour celui qui a été exorcisé, l’apparence de l’être qu’il chérit le plus dès lors qu’il se retrouve seul. Une incarnation particulièrement efficace de ce feu qui ronge intérieurement.
Quand on a que l’amour
Alors que le dernier film de David R. Mitchel nous a laissé sur notre faim, It Follows, lui, aura su faire des émules. Leviticus emprunte donc cette même idée d’une menace sourde qui impose une vigilance permanente. Sauf qu’ici, elle est davantage tournée vers la peur intime et le regard de l’autre.
Un concept qui n’est pas également sans rappeler un certain The Thing de Carpenter dans son rapport au montage. En effet, il n’est jamais possible de savoir si la personne qui sort du cadre sera la même que celle qui y réapparaît. Un sentiment de paranoïa qui irradie toute la mise en scène et préserve une certaine tension.
En prenant le masque de l’être aimé, la créature se fait d’autant plus perverse qu’elle retourne l’amour contre ceux qui le ressentent. La peur n’est alors plus si évidente. Certes, on craint pour la vie de nos personnages, mais il est encore plus terrifiant de les voir souffrir par la main de celui que l’on connaît, celui dont on sait que l’amour lui-même lui est proscrit.
Une belle métaphore de la répression et du tabou d’une société dogmatique qui prône l’amour à longueur de sermons, tout en étant la première à le punir dès lors qu’il ne rentre plus dans ses « lignes sacrées ».

Quand sur toi s’abattra la vengeance du Tout-Puissant
Le titre fait office de note d’intention. En effet, le Lévitique, 3e des 5 livres de la Torah, parle des devoirs et des codes selon lesquels le peuple Juif doit vivre pour parvenir à la sainteté. Son but (selon Wikipédia) est donc d’enseigner les préceptes moraux, autant dire (selon moi) de mettre sous verrou les pulsions impures tout en établissant, sous le dictat des Hommes de Dieu, les lois qu’il faut respecter sous peine d’être châtié.
Et comme de toute contrainte naît la frustration, de toute punition peut émerger la haine. Que ce soit la haine de soi ou celle de l’autre. Le film prend alors appui sur cette ascèse pour en faire une méditation sur la violence comme exutoire à l’incapacité de certains jeunes hommes à composer avec des émotions bridées ou éloignées des « normes ». Il faut bien faire quelque chose de cette abondance de testostérone qui pétille comme une canette de Monster.
Or, aussi singulier et dans l’air du temps que soit Leviticus, il faut avouer que son scénario pêche par quelques mécanismes attendus. On connaît la chanson et l’on peut assez vite prédire le refrain. Même constat pour sa mise en scène qui, si elle se met tout entière au service de la narration, privilégiant l’efficacité à la démonstration, ne réussira pas pour autant à briller ou à nous arracher plus de trois hoquets.
