Les Légendaires de Guillaume Ivernel : Du papier à la lumière

Adapté d’une série qui, elle, l’est vraiment, Les Légendaires arrivent sur nos écrans le 28 janvier.

Les Légendaires, le film, est un Graal longtemps attendu par beaucoup de fans du septième comme du neuvième art. Gentiment comique, pataud dans son action et questionnable dans sa direction artistique, pouvait-on seulement exiger plus ?

« Les Légendaires, intrépides aventuriers, étaient les plus grands héros de leur temps. Mais suite à une terrible malédiction, les voilà redevenus… des enfants de 10 ans ! Danaël, Jadina, Gryf, Shimy et Razzia vont unir leurs pouvoirs pour vaincre le sorcier Darkhell et libérer leur planète de l’enfance éternelle… »

Danaël se retourne devant un portail de lumière avant de disparaitre, peut-être à tout jamais.
©Pan Européenne

Faire du 7e art avec du 9

Adapter une oeuvre littéraire à l’écran est un exercice difficile pour quantité de raisons, la première étant la transposition d’un médium à l’autre. La BD, par le dessin, le texte, et la mise en page, n’apporte pas la même dynamique qu’une image en mouvement. L’autre difficulté, ce sont les attentes des lecteur.ices. Forte d’un univers déjà largement développé dans leur imaginaire, l’œuvre finale présentera des disruptions avec l’œuvre fantasmée.

Le septième art, pourtant, regorge d’adaptations qui en sont devenues les chefs-d’œuvre. Du Parrain de Coppola à Manon des sources de Marcel Pagnol puis de Claude Berri, sans oublier les très actuels Dune de Villeneuve et d’avant lui David Lynch. Le septième art boit la créativité de grands romanciers, et le fait brillamment.

Mais il arrive que l’adaptation cherche à aller plus loin que l’œuvre originale. Le 2001 de Kubrick va bien plus loin que la nouvelle Sentinelle de Clarke. Dans Akira, Katsuhiro Otomo re-dirige son histoire en décidant d’en changer la fin. La littérature et le cinéma évoluent depuis plus d’un siècle dans une osmose obligatoire pour qui cherche à écrire un scénario.

Les oubliables

Élagage oblige, on parle d’un film d’une heure et demie au lieu d’une sage d’une vingtaine de tomes. Évidemment, beaucoup de contenu passe à la trappe. Partons d’abord de ce postulat : l’adaptation intégrale n’était pas possible, du moins pas sous forme d’un unique long-métrage. La bande-dessinée de Patrick Sobral étalait sur des centaines de pages un univers riche en personnages et en couleurs. Ici, place à des textures lisses et des couleurs ternes. Le réalisme de la texture priment sur la cohésion d’un univers, qui tend plus à la rêverie qu’à la vraisemblance.

En résulte quelque chose de mortel pour une adaptation d’une série aussi culte et personnelle à beaucoup de monde : un manque de charme. Parce que, mettons cela au clair, Les Légendaires n’est pas mauvais. Il suit une logique scénaristique classique, dont la mise en scène est propre et les musiques touchent du doigt l’épique sans arriver vraiment à s’y tenir.

La mise en scène de Guillaume Ivernel, le découpage du film et la dynamique ne sont ni bonnes ni mauvaises, mais témoignent d’un savoir-faire qui n’a plus envie de surprendre. La possibilité de surprendre en incorporant la profondeur de l’animation assistée par ordinateur aurait pu amener des images très fortes dans un univers qui s’y prête pourtant bien.

Fouetter un cheval mort

Et là l’exercice de la critique devient compliqué, parce que Les Légendaires n’est pas un film qui a envie d’essayer, il ne veut ni surprendre ni même entreprendre. C’est une oeuvre qui veut évoquer la magie ressentie lors de la lecture originelle de la bande dessinée. Et, parmi les questions qu’un critique doit se poser avant d’écrire, il y a celle de la réception du spectateur.

À la fin de la séance, à qui doivent parler Les Légendaires ? Aux critiques avides de nouveauté, de sensations, qui cherchent à la fois la petite bête et la grande oeuvre, ou à un public qui en sortira avec le même vent d’aventure que les jeunes gens que nous étions en ouvrant pour la première fois les tomes de cette saga maintenant mythique ?

Le problème des Légendaires, c’est avant tout de vouloir surfer sur une magie pré-établie. En jouant la carte de la facilité, et ne cherchant pas à établir de nouveaux codes de l’aventure dans laquelle se plongeraient les personnages. C’est une retranscription élaguée de toutes les prises de risque de la bande-dessinée. Au final, un film d’heroic-fantasy comme il en existe tant, et comme on en oublie aussi.

La petite bande investigue pour retrouver l'origine du mal qui ronge leur monde.
©Pan Européenne

Entre la magie opérante et l’opportunisme de l’adaptation, Les Légendaires ne prennent de l’oeuvre originale que la base, comme terreau fertile d’un projet qui n’ira malheureusement jamais très haut.

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