Hokum de Damian McCarthy : Le Crépuscule des hommes

Deux ans après avoir livré Oddity, primé à Gérardmer, Damien McCarthy revient avec un nouveau cauchemar sensoriel qui prouve que le trope de la maison hantée peut encore se révéler efficace. Claustrophobes, soyez avertis car Hokum ne vous laissera pas indemnes.

Depuis quelques années le folk horror revient sur le devant de la scène, symptôme d’une société qui se tourne vers le passé pour interroger ou accepter les maux du présent. Que ce soit via des films grand public comme Midsommar ou via des films passés plus inaperçus comme Saloum, c’est une étude de l’humain qui est proposée.

Films après films, Damian McCarthy creuse son sillon et semble décider à prouver qu’il peut s’imposer sur la scène horrifique actuelle. Si l’auteur de ses lignes n’avait pas particulièrement accroché à Oddity, le marketing et l’ambiance poisseuse promises par la bande-annonce d’Hokum l’ont tout de suite séduit. Pari réussi ?

« Ohm Bauman, un romancier se retire dans une auberge en Irlande pour disperser les cendres de ses parents. Mais les récits du personnel au sujet d’une sorcière ancestrale hantant la suite nuptiale s’emparent peu à peu de son esprit… »

© Jokers Films

Le mystère de la chambre nuptiale

Particulièrement scruté depuis son acquisition par le studio Neon et les retours de son avant-première au SXSW, Hokum est dans le prolongement de la filmographie de Damian McCarthy, dont les précédents films, Caveat et Oddity, abordaient tous deux le folklore irlandais. Hokum s’ancre cette fois dans un hôtel reclus, où la rumeur court qu’une sorcière hanterait la suite nuptiale de l’établissement. À partir d’un postulat de départ en apparence simple, il tisse une toile anxiogène qui se referme sur son personnage principal, incarné par un Adam Scott en grande forme.

En ancrant son film dans un univers où le folk horror se mêle au film de détective, McCarthy crée une intrigue surprenante à l’ambiance poisseuse. Sa force principale réside dans sa manière de créer une zone de familiarité, qui va progressivement se dérober sous nos pieds.  La facture classique est ici une manière de rendre son œuvre non seulement plus accessible et moins aride que les précédentes, mais également de proposer une horreur universelle.

S’il y a une critique à formuler, elle concerne le rythme du film, en particulier dans sa première partie. Si cette progression délibérée est essentielle à l’efficacité globale du film, il y a des moments où elle menace de s’éterniser un peu trop, mettant à l’épreuve la patience des spectateurs qui attendent peut-être avec impatience que l’horreur s’installe.

Échappe-toi si tu peux…

Au fur et à mesure que l’intrigue se déploie de manière assez ludique (presque à la manière d’un jeu vidéo) la lisière entre surnaturel et le réel devient flou. On se rend alors compte que le cauchemar n’est pas forcément là où on le pense. C’est d’ailleurs l’une des grandes forces du film qui embrasse avec force les jumpscares les plus classiques tout en créant des séquences plus en retenues qui donnent la chair de poule.

Hokum possède un langage visuel subtilement envoûtant – espace négatif, cadrages et travail sur les ombres permettant de jouer sans cesse avec les contrastes. La caméra reste souvent figée sur le point de vue d’Ohm, nous forçant à nous demander autant que lui ce qui se cache exactement dans l’obscurité devant lui.  Un travail qui peut faire écho à James Watkins (La Dame en Noir) ou encore à David Robert Mitchell (It Follows).

Dans une interview parue dans Télérama en 2025, McCarthy évoquait déjà l’exploration claustrophobique qui caractérise son cinéma et dans laquelle ses protagonistes sont constamment prisonniers. « Être coincé, c’est la clé de l’effroi, et un grand défi de mise en scène. » Cette efficacité se retrouve dans le monde que constitue ce petit hôtel perdu de l’Irlande, ses décors conçus comme une maison de poupées russes hantée, et sa nappe sonore enveloppante. Un vrai travail d’immersion pernicieuse habilement créé grâce à un montage efficace qui a fait mouche sur l’auteur de ces lignes et tous les autres spectateurs présents dans la salle.

L’enfer c’est les autres

Derrière l’étrange inquiété du récit se dissimule des drames commis par des humains faillibles, rongés par la culpabilité, la perte et le poids de leur péché. En première position, se trouve Ohm, un anti-héros écrivain alcoolique qu’on pourrait croiser dans un roman de Stephen King. Les vingt-premières minutes nous brossent le portrait d’un homme irritant voire méchant à certains moments qui contribuent à renforcer le réalisme de l’œuvre.

Le physique atypique d’Adam Scott, sa manière d’habiter l’espace et sa palette de jeu en font le parfait vecteur pour nous faire ressentir la peur grandissante d’Ohm, ses profonds regrets, et le trouble qui l’habite dans les moments de silence où le langage corporel est plus fort que les dialogues. Un travail déjà remarquable dans la série Severance qui se poursuit ici.

Sur de nombreux aspects, on peut rapprocher Hokum de la duologie sérielle The Haunting of… créée par Mike Flanagan et disponible sur Netflix. Des personnages intrigants aux personnalités complexes, une pièce interdite d’accès, et une histoire de fantôme qui s’entremêle à l’histoire du héros : en résulte des œuvres où l’enfer c’est les autres, mais c’est d’abord nous-mêmes.

Hokum ou quand folk horror et film d’enquête se conjuguent dans une intrigue surprenante et ludique qui offre un joli cauchemar.

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