Good Luck, Have Fun, Don’t Die de Gore Verbinski : Demain ne meurt jamais

Plus de 9 ans loin des écrans, Gore Verbinski nous fait le plaisir de revenir sur le devant de la scène avec sa nouvelle attraction baroque, Good Luck, Have Fun, Don’t Die. Une revigorante dystopie à l’humour noir et à la mise en scène inspirée. Comme dirait Mario : Yahoo !

Plus les temps sont durs, plus la science-fiction s’épanouit. Disons qu’il s’agit du bon côté des choses. Les points de tensions historiques inspirent les artistes. Et il faut parier qu’après la sortie de The Drama il y a deux semaines, c’est au tour de Verbinski de secouer la ruche à propos des mass shooting qui font rage dans les États-Unis de Trump.

Le réalisateur des Pirates des Caraïbes en profite aussi pour s’offrir un petit discours au sujet des dérives des réseaux sociaux et l’instrumentalisation de l’IA sur les plus jeunes. Tout cela dans l’écrin d’un cynisme ravageur qu’on croirait tout droit sorti d’un film des Frères Coen qui auraient avalé un peu trop de romans de Philip K. Dick.

« Un soir, dans un resto minable de Los Angeles, un homme étrange et débraillé débarque avec un détonateur à la main et affirme venir du futur. Ce serait la 117ème fois qu’il remonte le temps pour empêcher l’apocalypse déclenchée par une IA et sauver une humanité lobotomisée par les écrans. Son ultime stratégie : recruter les clients du restaurant pour former une équipe capable de sauver le Monde. Si ce groupe aussi improbable que mal préparé y parvient, alors l’Humanité a peut-être encore une chance… Ou peut-être pas. Qui sait ? »

Good Luck Have Fun Don't Die
© Metropolitan FilmExport

Escape from the 21st Century

A peine la scène d’ouverture lancée, un parfum de Terry Gilliam se fait sentir. Ça saute aux yeux, aussi bien dans la direction artistique, que dans le look de Sam Rockwell (impérial dans sa performance), ou surtout dans ce ton absurde qui imbibe le tout, comme une odeur familière de bon burger. Habitué des productions Disney, Gore Verbinski sait capter l’attention de son public, harnaché comme dans un roller-coaster. Une sorte de préambule tirait de La Quatrième Dimension plongée dans une friteuse.

Les phrases fusent, l’homme venant du futur fait son show, il a déjà fait se pitch 117 fois – on se croirait dans Un jour sans fin, les mêmes prémisses. Puis le scénario nous happe et nous voilà parti dans une virée des plus excentriques avec un petit bastion pour sauver le monde d’une terrible IA. Dès lors, l’histoire se plaît à virevolter, à prendre la tangente. L’intrigue au présent est ponctuée de chapitrage : des capsules de flashback nous proposant de revenir sur la vie de chacun des membres du groupe. Verbinski s’amuse pour chacun de ses épisodes à pasticher un sous-genre de la SF : clonage, body snatchers, réalité virtuelle… il y en a pour tous les goûts.

Good Luck, Have Fun, Don’t Die ne perd pas son temps, tout comme son héros à la dégaine pas possible tirée de L’Armée des 12 singes. Ça file, ça rebondit, ça pirouette d’une idée à l’autre avec une énergie folle malgré les 2h15. Sans doute que cette énergie prouve ses limites dans sa dernière demi-heure. A trop jouer sur la même tonalité, le film fini par se piéger dans sa propre recette et nous épuise un chouia. N’en reste pas moins un blockbuster savoureux et crémeux, quelque chose d’à la fois divertissant et intelligent.

Good Luck Have Fun Don't Die
© Metropolitan FilmExport

I’ll be back

Pour peu que vous ayez un faible pour les récits de SF bien barrés, le nouveau délire de Verbinski risque fort de vous parler. La potion passe d’autant mieux avec une bonne grosse louche d’humour noir, du genre à sembler tout droit sorti d’un carnet de notes du SNL. En mettant le doigt sur une société gavée aux réseaux sociaux et au scrolling compulsif, Good Luck Have Fun Don’t Die ne fait finalement que nous renvoyer une version à peine exagérée – bon, d’accord, totalement hyperbolique – de ce futur vers lequel on file tout droit.

Pas si loin de Wall-E, dans l’avenir envisagé par Matthew Robinson (le scénariste), l’humanité a offert son indépendance, a laissé fondre son empathie comme neige au soleil. La faute à des algorithmes flattant ce qu’il y a de pire en nous. Une sorte de reflet corrompue d’une société de consommation anthropophage. Car qui mieux que l’homme n’a la capacité de pondre une invention aussi géniale et fantasmée par les plus grands auteurs au fil des décennies, pour finalement la dévoyer à une causse aussi crasse que faire du profit à bas rendement ? D’intoxiquer l’esprit des jeunes consommateurs dans le seul but que de vendre plus, toujours plus. Nous avons engagé notre propre bourreau.

Comme le résume le héros : « L’IA vous offrira une distraction constante, des personnages mémorables, des enjeux grisants et une fin satisfaisante, juste pour maintenir votre attention et vous garder en cage. » La désensibilisation est en marche et paraît inévitable. Si bien que malgré sa volonté de nous alerter, le film reste probablement encore trop en surface, s’empêchant ou se réfugiant souvent derrière sa comédie et son envie de distraire. De fait, la critique technologique longe un peu les murs et s’émousse dans le plutôt convenu.

Petite fable sous acide empruntant aussi bien à Terminator que Groundhog Day dans ses plots, Good Luck Have Fun Don’t Die nous prouve à nouveau que Gore Verbinski n’a rien perdu de sa maestria technique ni de son esprit farfelu. Un divertissement qui électrisera vos sens et vous donnera l’envie de passer en mode avion.

Laisser un commentaire