Club Kid de Jordan Firstman : Club Kiff

Le 4 novembre, Club Kid de Jordan Firstman vient inonder nos salles de larmes et de paillettes en nous invitant à un récit parental aussi inattendu que touchant.

« Le sexe avec moi est incroyable« . C’est avec la chanson éponyme de Rihanna (maladroitement traduite) que le film s’ouvre. Le Club kid lui-même, Firstman en personne, débarque bruyamment avec sa bande à bord d’un Uber surchargé pour entrer en soirée.

« Peter (Jordan Firstman), un orga­ni­sa­teur de soi­rées bran­chées à New York au mode de vie aus­si effré­né qu’in­sou­ciant, voit son exis­tence bou­le­ver­sée lors­qu’Ar­lo (Régie Absolom), le fils de 10 ans dont il igno­rait l’exis­tence, frappe un jour à sa porte. Dépas­sé par ce rôle de père qu’il n’a­vait jamais envi­sa­gé, mais rapi­de­ment conquis par le charme et la spon­ta­néi­té du gar­çon, Peter tisse peu à peu avec lui un lien aus­si inat­ten­du que pro­fond. À son contact, il découvre qu’il pour­rait enfin exis­ter une vie au-delà de la pro­chaine fête. »

(c) Metropolitan

Débauche et des bouches

Le premier choc du spectateur envers son protagoniste est celui d’une porte close : le groupe est déjà formé, lié par des blagues et des drogues que, pour certaines, on n’a même pas envie de comprendre. À cet hermétisme, Club Kid semble mettre à jour quelque chose qui lui restera tout au long du visionnage : l’univers queer, aussi ouvert d’esprit soit-il, reste un vase clos. On n’y entre pas sans certains codes, on ne s’y intègre pas si facilement.

Bien sûr à cela, et c’est tout le propos du film, s’ajoute une bienveillance et un amour qui frôlent parfois le cliché. Tout le monde se connaît, tout le monde s’adore. Entre deux bises et quelques narines bien poudrées, on découvre une osmose de musiques, de lumières et de divertissement bien rodée. La soirée commence à peine que les balises se posent avec efficacité. Le queer s’impose au monde de la nuit avec un fracas étonnant et des appuis solides.

Mais, comme tout Achille a son talon, Peter, si bien intégré, si classifié, gay parmi les gays, n’a pas pu s’empêcher une impasse. Quand Sophie vient lui déposer le petit Arlo, le Goliath s’effondre volontiers sous la gentillesse de son David. Ce dernier, en effet, est armé de la plus forte, et la plus perverse des persuasions : la gentillesse. Rien n’est à lui reprocher. Enfant baladé, désavoué de toute part, ne tremble pas, ne hurle pas, ne jure pas. Un crieur baveux aurait sûrement rendu l’écriture plus facile, mais pas forcément plus drôle et surtout ô combien moins intéressante.

(c) Metropolitan

Ici ça slay

Arlo, loin du cliché de l’enfant de la DDASS, s’en vient armé d’une douceur qui plonge Peter dans une marée de doute inconcevable : et s’il voulait de cet enfant ? Tout aussi loin de l’hétéro-normativité habituelle qu’on retrouve dans les récits de parentalité, ici ce n’est pas un combat qui s’impose, mais une teinte. Aux habituelles questions « Comment être un bon parent ? Mérite-t-on jamais l’amour d’un enfant, et suis-je obligé de l’aimer ? » s’en impose plutôt un autre : Qu’est-ce qu’être un bon parent ? Non moins clichée, mais plus fondamentale, le récit relationnel de Peter et d’Arlo ne répond pas à la question, mais laisse volontiers le spectateur le faire.

Aux néons colorés, même le dur rôle de parent ne succombe pas, et plutôt que d’en faire l’antithèse, le monde de la nuit est bienvenu dans la vie de l’enfant voulu-pas-voulu. La teinte normative de la vie de parent ne suspend pas, ou que partiellement, l’activité sociale de Peter. Bien chanceux.se.s celles et ceux qui peuvent encore sortir en ayant la charge d’un enfant. Et si cette charge n’était pas vraiment un empêchement, mais plutôt un conditionnement à n’agir que selon des canons pluri-centenaires et poussiéreux ?

Bien sûr, ni Peter ni Firstman n’ont la vacuité de penser changer notre vision des rapports familiaux. Mais le réalisateur-personnage pose en revanche la possibilité non pas d’une nouvelle voie, mais plutôt celle d’une fenêtre. À l’amertume d’une charge involontaire, Peter, peut-être en réponse à la gentillesse de son fils, à le génie de dépressuriser progressivement le sas parental dans lequel il se trouve enfermé en début de film.

Firstman on the moon

Les jeunes parents devant conjuguer problèmes et enfants sont monnaie courante au cinéma. D’Aftersun (Charlotte Wells, 2023) à Scrappers (Charlotte Regan, 2023) en passant par Virgin Suicides (Sofia Coppola, 2000), les relations sont souvent marquées des stigmates parentaux, le cinéma est bien un reflet de la vie réelle ! Mais comment traiter de la relation d’un parent qui, loin de transmettre ses propres insécurités générationnelles, se heurte à la plus simple volonté de vouloir aimer ?

Ici apparaît alors Oscar, pédo-psychiatre d’Arlo, puis relation de Peter, c’est à la fois un modèle et un contrepoint de la relation père-fils qu’il devait à la base traiter ici. Voulant s’occuper de l’enfant, il finit par être le sas compensatoire du père. Sans faux-pas, et avec une attention au consentement infaillible, la famille composée se met en place. De là, c’est la seule responsabilité de Peter, et sa légitimité en tant que parent qui est remise en question. Non pas par la communauté queer qui accepte très volontiers ce petit éclair de surprise qu’est Arlo, mais bien par « l’en-dehors », à savoir une société normative et trop sûre d’elle qui s’inquiète, à raison, de cette situation hors-normes.

Club Kid est un élément de surprise qui en contient encore beaucoup d’autres. Plus loin que la question sociale, et même encore après les tribulations parentales, reste encore un univers peint d’une sensibilité forte et unique. Un premier film et une première réussite, dans son traitement textuel comme visuel. 

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