David Michôd retrace le parcours d’une pionnière de la boxe féminine américaine dans un biopic avec Sydney Sweeney.
Après les gants en latex de La Femme de Ménage, Sydney Sweeney enfile les gants de la championne du ring Christy Martin. Une performance investie dans un film qui frappe rarement au bon endroit.
« Inspiré d’une histoire vraie, Christy retrace l’ascension tumultueuse de la boxeuse Christy Martin, qui est passée de l’anonymat à la célébrité. La légendaire ténacité de Christy sur le ring cache en réalité des combats plus intimes avec sa famille, son identité et une relation toxique qui pourrait bien se transformer en une question de vie ou de mort. »

Sydney Sweeney transformée
Contre-emploi assumé, transformation physique, accent appuyé, épaules voûtées : difficile de reprocher à Sydney Sweeney son manque d’implication. On la voit s’endurcir à l’entraînement, courir à l’aube dans une Amérique provinciale, apprendre à encaisser plus qu’à frapper.
Le problème, c’est que le film veut faire de Christy une icône sportive et une victime exemplaire sans jamais lui laisser un espace de réflexion. La pression de sa mère, les regards du public, la relation trouble avec son entraîneur (Ben Foster), tout arrive très vite.
La boxeuse traverse les événements plus qu’elle ne les vit. Elle encaisse, se relève, avance, mais reste étrangement opaque. On observe les faits, rarement les motivations. Comme si le film confondait pudeur et absence de point de vue.

Sur le ring, toujours pas de punch
Du côté du ring, ça bouge, ça tape, ça coupe, mais ça ne raconte rien. Certains y verront une sobriété de mise en scène. Difficile de ne pas y sentir surtout un gros manque de souffle. Lors du premier grand combat télévisé de Christy, censé marquer un tournant, la réalisation enchaîne plans serrés, coupes rapides et cris de foule indistincts. On comprend qu’elle gagne, mais on ne ressent jamais la tension qui devrait accompagner ce moment.
Plus gênant encore, si on est un peu attentif à la technique, la crédibilité sportive vacille rapidement. Certains gestes manquent de précision (un crochet ressemble à une gifle), le rapport aux catégories de poids semble approximatif, et les adversaires apparaissent presque interchangeables. Le comble pour un film de boxe.

Tout miser sur le dernier round
Ben Foster, lui, est à la fois la meilleure et la pire idée du film. D’abord ridicule avec son look daté et son attitude de petit chef, son personnage devient rapidement inquiétant et la mise en scène semble plus fascinée par lui que par la boxeuse.
Les scènes où il isole Christy, répond à ses appels ou négocie ses contrats à sa place installent enfin une tension. Puis le film bascule : manipulation financière, jalousie, menaces. Dans le (violent) dernier tiers, Foster trouve une intensité glaçante et le film se réveille enfin.
Un sursaut qui arrive malheureusement trop tard et finit d’étouffer totalement le récit d’émancipation annoncé pour ne laisser, au final, qu’une chronique d’emprise conjugale, pesante et étirée.
