Baise-en-ville de Martin Jauvat : Banlieue Rose

Trois ans après le Grand-Paris, Martin Jauvat nous montre dans son Baise-en-ville qu’il cache bien plus qu’une poignée de blagues et de couleurs.

La force de Martin Jauvat, c’est celle du décalage. Mais pas celui d’un Dupieux qui vient disrupter un univers déjà biscornu, plutôt à la manière de Benoit Forgeard, qui vient articuler son film autour de la mécanique du rire. Le comique découle naturellement de l’univers de Baise-en-ville, plutôt que de tenter de faire rire par le cassage du rythme ou de la vraisemblance.

« Quand sa mère menace de le virer du pavillon familial s’il ne se bouge pas les fesses, Sprite (Martin Jauvat) se retrouve coincé dans un paradoxe : il doit passer son permis pour trouver un taf, mais il a besoin d’un taf pour payer son permis. Heureusement, Marie-Charlotte (Emmanuelle Bercot), sa monitrice d’auto-école, est prête à tout pour l’aider – même à lui prêter son baise-en-ville. Mais… C’est quoi, au fait, un baise-en-ville ? »

Sprite et Walid, à bord d'une superbe trottinette électrique, son en route pour tenter de trouver un nouveau job pour Sprite.
©Le Pacte

Paris, Paris, on t’exclue

Dans la droite lignée de son travail sur Grand Paris (2023), Jauvat continue de cartographier le périurbain parisien. Une formulation presque utilitaire de la banlieue, loin des clichés habituels. Le titre-même du film découle de cet imaginaire banlieusard, au sens large. La ville Parisienne devient un élément externe au film. Omniprésente par la centralisation, elle fait graviter les moyens de transports et les habitants dans une logique presque rapetissante, mais pas rabaissante, du rythme de vie hors du cœur urbain. Mais, là où Martin Jauvat joue de ces codes et s’en amuse, c’est qu’il fait d’éléments communs un sursaut comique, mais pas tragique.

La vie nocturne existe évidemment, même en dehors des limites de la grande ville. Et, plus intéressant encore, la vie nocturne comme la vie diurne n’existent non pas comme ersatz tristes de celles de la ville, mais comme un écosystème avec ses propres codes, son énergie et, d’autant plus marquant, ses propres couleurs.

Car, de couleurs, le film ne manque pas. En effet, le rose est omniprésent, de l’auto-école et sa voiture jusqu’au polo de Sprite, il marque par son aspect kitsch. Ce n’est pas tant une couleur narrative, ni un marqueur caractériel, mais bien une facette de l’identité de Baise-en-ville. Au-delà du rose, le film se couvre de teintes flashy, qui ont ceci de remarquables qu’elles ne sont ni dépréciatives, ni spécialement joyeuses. Elles mettent en valeur des éléments banals, aussi banals qu’une auto-école, ou qu’une agence d’assurance.

Viens voir les comédiens

Un des plus gros points forts du film, c’est sa direction d’acteur.ices. Martin Jauvat tenant le premier rôle, on voit très vite avec quel attachement à ses personnages tout le monde est dirigé. Un attachement peut-être parfois un peu obstiné, car les seuls à-coups dans le jeu semble venir d’un volonté d’accoler au texte, ce qui peut sonner un peu artificiel. Mais tout le monde reste dirigé à merveille, et, surtout, tout le monde semble semble s’y amuser. Un point tout spécial doit être donné à Sébastien Chassagne qui, non content d’être le meilleur personnage du Grand Paris, assure ici encore la meilleure performance du film, bien que le niveau général n’ait pas à en pâlir.

Martin Jauvat s’entoure souvent des mêmes équipes, et reste, selon ses propres mots, fidèle aux gens avec qui il a travaillé par le passé.  On peut alors avoir l’impression de voir un film de potes. Une oeuvre créée sur la base de la vision du réalisateur, d’un auteur, mais qui ne se cantonne pas aux carcans de la production pyramidale. En sommes, on sort de Baise-en-ville en ayant l’impression d’avoir passé un bon moment avec les personnages, comme avec leurs interprètes, et sûrement avec toute l’équipe du film, sentiment rare et précieux.

Baise-en-ville est une petite pépite qui s’inscrit parfaitement dans la lignée des nouvelles comédies françaises. Proposition d’auteur, le film creuse les aspirations de son réalisateur, qui vient tordre à la fois les clichés et l’ennui de la gravitation post-périphérique, sans tenter d’en nier les effets sur la vie de ses personnages. Les trajets sont longs, le travail est rare, mais ça ne fait pas de la banlieue un no man’s land sans vie, sans musiques ni couleurs.

Le père de Sprite lui explique gentiment la vie dans son garage, avant de lui léguer ce qui, selon ses dire, lui à permis d'avoir Sprite avec sa mère : son Baise-en-ville
©Le Pacte

Martin Jauvat a sûrement encore beaucoup à dire sur l’amour et l’ennui qu’il porte à ces environnements. Et on aura plaisir à retrouver en salle son univers coloré, touchant mais, surtout, parce que c’est une comédie, sacrément drôle.

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