Promising Young Woman : Not Your Barbie

Cassandra (Carey Mulligan) remet les hommes à leur place. Elle multiplie les soirées en boîte de nuit, feignant l’ivresse afin d’appâter les harceleurs dont elle ne fait qu’une bouchée.

Mettez-vous à table et savourez la divine prestation de l’actrice Carey Mulligan dans le rôle de Cassandra. A bien des égards, Promising Young Woman paraît être l’alliance – ou le compromis idéal – entre Killing Eve et Birds of Prey. En effet, les points communs sont à dénoter. Cassandra est blonde, féminine et plus déterminée que n’importe qui à rendre justice aux femmes silencieuses. La réalisatrice Emerald Fennell transgresse tous les codes attendus : car Promising Young Woman s’avère être une comédie noire, brillamment réalisée et au final inattendu.

Miroir, miroir…dis-moi qui est la plus intelligente ?

La caméra épouse divinement l’héroïne principale, prenant soin de ne jamais la sexualiser. A contrario, le premier plan du film traduit une volonté d’inverser le regard. Il commence en effet sur des hanches d’hommes, dansant en boîte de nuit. Couronnée par la divine musique remixée, Boys de Charli XCX. Le spectateur est invité à tendre l’oreille et à questionner son regard. Est également présent au casting, un acteur bien connu de la sitcom américaine New Girl : Max Greenfield alias l’inoubliable Schmidt. Il n’occupe toutefois qu’un rôle secondaire.

L’héroïne est blonde. Un détail, semble-t-il. Or, durant de nombreuses décennies le mythe de la femme parfaite qui serait blonde et coquette a perduré. En passant de la muse Hitchcockienne à la femme fatale comme Sharon Stone, le cinéma a répété ce même schéma de représentations jusqu’à épuisement. La mise en scène s’amuse énormément de cet imaginaire collectif associée à la femme – en abusant de la couleur rose – pour surpasser toutes pensées conservatrices. Non, le rose n’est pas une couleur faite que pour les petites filles. Emerald Fennell, la réalisatrice, casse les codes et donne à son personnage féminin une allure dangereuse et perspicace. Même dans un monde en trompe l’œil aux couleurs acidulées. Elle n’est – heureusement- pas la première à le faire. Margot Robbie qui campe le personnage d’Harley Quinn, donne vie à une anti-héroïne qui elle aussi, évolue dans un monde continuellement placé sous un filtre chatoyant et extrêmement féminisé. Tout ceci pour finalement dépasser son environnement et jouer de cette perception auprès des spectateurs.

Le visage de Nina

Certes brillante, la jeune femme vit avec une blessure toujours vive. Celle de son amie Nina, qui s’est faite abuser sexuellement alors qu’elle était ivre. C’est ce même schéma que la protagoniste ressasse, se punissant elle-même plus que les autres pour cette tragédie. Nina, bien que souvent évoquée, n’est jamais montrée à l’écran alors qu’elle est la principale concernée. La réalisatrice aurait pu prendre le parti de nous la montrer par des flashbacks, des photographies ou encore lorsque Cassandra reçoit une vidéo contenant le moment où son amie a été violée. En choisissant de ne lui donner aucun visage, la réalisatrice semble apporter une vision plus grande à ce long-métrage : Nina, pourrait être le visage de n’importe quelle personne, de n’importe quel(le) spectateur(ice). Il est tout aussi possible de se rattacher à la mentalité de Cassandra, profondément bouleversée – mais lucide – tandis que les autres personnages autour d’elle préfèrent prioriser la carte de l’oubli.

La protagoniste n’est sûrement pas aussi radicale que Villanelle, anti-héroïne de Killing Eve, toutefois elle est habitée par l’esprit de vengeance et n’a pas froid aux yeux lorsqu’elle manipule les hommes qu’elle trouve. Son mode opératoire est toujours le même : aller en boîte de nuit, faire croire qu’elle est ivre et attendre qu’un soit disant don juan se propose à la ramener chez lui. Une fois ce procédé accompli, Cassandra met les hommes face à leur bassesse. Tandis qu’ils souhaitent profiter d’elle, l’abuser physiquement, ils se retrouvent finalement mis en position de faiblesse et se rétractent. C’est en cette humiliation-là, qu’elle puise sa force puisque les autres ne rendent pas justice. Ce personnage construit la punition adéquate que chacun mérite tout en se refusant à vivre une vie bien rangée.

Prince Charmant, avez-vous dit ?

Alors que Cassandra travaille dans un café, un ancien camarade de classe se présente à elle : Ryan. C’est un personnage de transition pour l’héroïne qui éprouve tout d’abord un rejet vis-à-vis de lui. Cette dernière n’accepte pas l’idée de faire entrer un homme dans sa vie. Finalement séduite par l’image respectueuse et joyeuse qu’il lui renvoie, elle se met quand même à lui faire confiance et une histoire d’amour naît entre eux. Allant même jusqu’à le présenter à ses parents. Il pourrait être le prince charmant, parmi toute une horde d’hommes malintentionnés. Être une porte de sortie pour l’héroïne, l’occasion d’envisager un nouvel avenir plus radieux. Il n’en est rien. Cassandra découvre une atroce vérité et fait une croix sur cette histoire naissante.

Le film est à l’image de l’héroïne : séduisant et malin. La réalisatrice prend le parti de rendre Cassandra ni tout à fait féroce, ni le moins du monde crédule. Même si le ton du film est léger, porté par un rythme pop et entraînant, le fond tragique n’est jamais loin. Plus que fait de roses, c’est un film rempli d’épines que nous livre Emerald Fennell.

Emerald Fennell remporte l’Oscar du meilleur scénario original pour Promising Young Woman lors de la 93e cérémonie. Une sortie prochaine en salles reste cependant incertaine.

 

https://www.youtube.com/watch?v=PzNRYdyQa8s

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