La vraie famille : La vraie injustice

Anna, son mari et ses enfants vivent heureux. Jusqu’au jour où le père biologique d’un de ses enfants exprime le désir de récupérer la garde de son fils. Car oui, Simon est un enfant placé, et cette nouvelle représente le début de la fin pour eux…  

L’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) a mauvaise réputation, il suffit de lire les innombrables prédateurs qui ont profité de leur position de famille d’accueil pour abuser d’enfants. Le second long-métrage de Fabien Gorgeart est intitulé La vraie famille et la famille d’accueil est bien plus bienveillante que prévue. 

Accueillir pour protéger

Ces dernières années, de nombreux films français se sont intéressés à des thématiques liées à l’enfance. De l’adoption avec Pupille, aux victimes de violences sexuelles avec Les Chatouilles, le cinéma est un vecteur de démocratisation sociétale important. Dans La vraie famille de Fabien Gorgeart, nous découvrons les problématiques associées aux familles d’accueils. Moins concret que d’autres films et plus dans une dynamique de fiction, le film dépeint le quotidien d’une de ces familles. L’introduction du film où la famille nage littéralement en plein bonheur dans un parc aquatique, s’amuse à jouer à ping-pong ou encore profite d’une soirée festive ne laisse aucun doute sur le fait qu’en apparence, il s’agit d’une famille épanouie tout à fait normale. Mais dès lors qu’il décide d’installer un dialogue, nous sommes plongés dans un quotidien rigide et entouré de règles. 

Simon a 6 ans, et il a été placé à ses 18 mois. Pour ceux qui n’y connaissent rien, l’assistant familial est celui qui héberge à son domicile des enfants qui n’ont pas la possibilité d’avoir une présence suffisante (morale, physique et économique) de la part de leurs parents. Dans cette situation, Anna, son assistante familiale, doit veiller à sa protection et à son bien-être comme un parent classique. Derrière ce postulat se cache d’autres zones d’ombres qui sont éclairées par la caméra de Fabien Gorgeart. Quand ses deux enfants veulent faire de l’accrobranche, Simon ne peut les suivre. Pas à cause de son âge, mais parce qu’il lui est interdit de pratiquer des activités potentiellement dangereuses. 

Le partage de mouchoirs

Mais La vraie famille peut aussi être vu comme un film sur les bonnes pratiques de la famille d’accueil. Fabien Gorgeart prend le parti pris d’une famille stable, parfaite, nageant dans le bonheur, et d’un père voulant récupérer son enfant compréhensif, et apte à le récupérer. Cette situation rend le film d’autant plus compliqué pour le spectateur, incapable de détester ce père ayant perdu sa femme mais en souhaitant tout de même que Simon soit aux côtés de la famille parfaite dépeinte. Même s’il abuse volontairement du fondu au noir, le réalisateur met l’accent sur la complicité qu’ils ont et sur la difficulté des autres enfants à comprendre comment quitter celui avec qui ils ont grandi pendant 5 ans. 

Le film accorde beaucoup d’importance à Simon, mais c’est bien du point de vue d’Anna et de Mélanie Thierry que nous suivons la situation. Comment celle qui l’a élevée comme une mère peut-elle le laisser partir ? Le placement en famille d’accueil ne permet pas de devenir légalement des parents, et c’est la principale différence avec l’adoption qui est soulignée dans le film. Il s’agit de son métier, et un véritable jugement de Salomon s’y opère. L’adaptation progressive à son départ passe par des changements verbaux (ne plus l’appeler « maman »), mais aussi une place plus importante du père biologique (passer les week-end et les vacances ensemble). La vraie famille est un véritable crève-coeur qui fera verser des larmes aux plus braves, et plus les minutes passent, plus nous approchons du moment fatidique où il faudra lui dire au-revoir, et plus nous souffrons de la situation aux côtés d’Anna et de sa famille.

La vraie injustice de La vraie famille, c’est la souffrance d’un enfant qui n’a pas choisi d’être emporté dans ce tourbillon émotionnel incontrôlable. Comment prendre assez de recul pour savoir différencier son propre désir et ce qui est bon pour l’enfant ? Ce sont les questions complexes à découvrir dans ce film bouleversant, le mouchoir dans une main et le poing serré de l’autre. 

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