Lettre d’amour à Fight Club

Alors que Fight Club fête cette année ses 20 ans, certaines salles de cinéma ont décidé de passer une copie restaurée du film : l’occasion de voir sur grand écran un chef-d’oeuvre ayant incontestablement marqué le cinéma, et donc de vous en parler sur CinéVerse.

Loin de vouloir faire de cet article une critique, il semblait nécessaire de mettre les mots sur un film boudé à sa sortie et rejeté aujourd’hui par une poignée de personnes cherchant à se rendre originale. Pourtant, malgré tout commentaire, Fight Club a indéniablement marqué le cinéma contemporain de sa puissance, se retrouvant à la fois dans son propos et dans sa réalisation, tous deux maîtrisés avec une grande justesse par David Fincher, un réalisateur n’ayant plus à faire ses preuves. Si on vous recommande vivement de voir le film sur grand écran, il ne changera pas grand chose à votre premier visionnage du film, pouvant vous imprégner si fortement qu’il en conditionne tout un pan de vos goûts cinématographiques. Finalement, des années après, revoir le film fait comprendre pourquoi il occupe une place si importante dans la culture d’un nombre incalculable de personnes. Tout, dans les idées mises en avant, transpire une violence poétique et unique à cette oeuvre, faisant de Fight Club ce qu’il cherche à être : le reflet de la population délaissée, de ces « enfants oubliés de l’Histoire » comme le dit le personnage de Tyler Durden, qui grandissent dans un monde qu’ils acceptent sans jamais vouloir. Le seul exutoire se trouve dans une violence cathartique et c’est bien évidemment ce qui touche la plupart des spectateurs réceptifs au message, perdus entre la jouissance d’une violence qu’eux-mêmes ne sont pas capables d’exprimer, et le dégoût qu’ils peuvent avoir pour une oeuvre aussi opposée aux valeurs qu’ils ont intégrées depuis toujours.

Fight Club joue avec les émotions et arrive à fasciner par une sorte de vérité incontestable des hommes représentés, qui s’apparentent à un condensé de la violence et de la tristesse de toute une société. Pourtant, même si les propos ont quelque peu vieilli 20 ans plus tard, notamment lorsque Tyler dit qu’ils n’ont pas de « grande guerre » (alors que de nos jours, les combats féministes, LGBTQ+ et contre le réchauffement climatique ont rarement été aussi imprégnés dans le quotidien sociétal), le message promulgué par les protagonistes n’a pas perdu en puissance. Il semblerait facile de se reposer sur le message politique prônant l’anarchisme, mais ce qui rend Fight Club réellement indispensable pour bon nombre, c’est bien plus la quête identitaire d’un personnage dont l’idéal matérialiste est moqué et en devient risible pour le spectateur lambda qui, en réalité, a les mêmes objectifs superflus. Ce qui marque avec le film de Fincher, c’est donc la remise en question qui lui est inhérente, la volonté de changement qui résulte du visionnage du film. Rien de bien étonnant qu’il soit sacralisé par de nombreux adolescents, cherchant leur singularité et leur cause à protéger, comme si Fight Club profitait de l’étincelle de rébellion pour les faire brûler d’une certaine rage. Il est donc réellement surprenant que la communauté soit devenue un argument pour dénigrer un film qui, à juste titre, met le doigt sur ce que peuvent devenir des hommes n’ayant jamais su se construire correctement. L’adolescence semble donc le moment idéal pour être en pleine mesure de s’approprier le film et de pouvoir plus facilement remettre ses valeurs en question.

Revoir Fight Club permet donc de comprendre plusieurs éléments : tout d’abord, qu’il est un excellent film. Comment peut-on réellement tourner le dos à une oeuvre profonde rassemblant une équipe quasi-parfaite du réalisateur jusqu’aux acteurs, en passant par une bande originale et une photographie superbes ? Il semble assez évident que, comme dit précédemment, l’argument de la communauté puisse jouer contre le film. De plus, l’accroissement de la culture (cinématographique comme autre), amène à relativiser la qualité du film sans pour autant la mettre réellement en question. Simplement, il est excellent mais est loin de la perfection qu’il est en mesure d’incarner au moment du premier visionnage. Ensuite, il est notable que le film ne se base pas uniquement sur son twist de fin pour attiser la curiosité du spectateur, et qu’il développe bien plus une mélancolie ambiante que ce qu’il laisse paraître, permettant d’être parfois  atteint par des scènes contrastant agréablement avec le reste mais ajoutant surtout beaucoup de complexité à la violence montrée à l’écran. Enfin, des années après, certaines phrases, certaines pensées présentes dans le film continuent de faire frissonner parce qu’elles ont, à l’instar d’autres références culturelles, façonnées à sa manière les nombreux spectateurs marqués au fer rouge. Merci donc à Fight Club pour tout ce qu’il a pu apporter à ceux qui l’ont vu, et apportera à ceux qui le verront.

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