Thomas Aïdan : “Comprendre l’essence du monde à travers le prisme du cinéma”

Après la semaine consacrée au Cinéthème sur les sept péchés capitaux, CinéVerse poursuit son partenariat avec La Septième Obsession. Dans le cadre de cette collaboration, nous avons eu le privilège et l’immense honneur de poser quelques questions au directeur de publication de la revue : Thomas Aïdan. Cet entretien revient sur les origines de la création de La Septième Obsession ainsi que sur la façon dont l’un de ses fondateurs (la revue ayant été co-créée par Cécile Aïdan) perçoit le développement futur de ce projet dans un monde évoluant toujours plus vite vers le numérique.


Tout d’abord, une question sur les origines de La Septième Obsession. Quel est le postulat à la base de la création de la revue ? On sent une réelle démarche visant à se démarquer de ce qui est généralement proposé en termes de presse spécialisée dans le cinéma ainsi qu’une véritable volonté de quasiment faire de chaque revue un objet de collection pour les cinéphiles.

La Septième Obsession est née d’abord sous format digital en 2013, et était diffusée uniquement sur le net. Il s’agissait pour nous de « numéros zéro », pour perfectionner la ligne éditoriale, et préparer un lancement print, en kiosque, dans les années à venir. Le 10 octobre 2015, nous sortions enfin le premier numéro papier de la revue, avec l’envie persistante de bousculer, avec la modestie de nos moyens très limités, les codes, pour tenter de redonner du souffle à une presse spécialisée cinéma, qui selon nous, perdait de plus en plus de sa force, de sa superbe et de son intérêt auprès des lecteurs. Nous sommes arrivés à un moment où les ventes globales du marché de la presse étaient largement en baisse, mais nous avions et avons toujours, la conviction, qu’une presse qualitative, pensée et pleine de passion peut trouver son public et l’élargir dans le temps. Nous voulions que chaque numéro ne soit pas simplement un numéro de plus à chaque fois, mais une marche après l’autre vers des hauteurs que nous ne connaissons pas encore, mais dont nous percevons un idéal : celui de comprendre l’essence du monde par le prisme du cinéma. D’où cette couverture du premier numéro qui affichait Christian Bale dans Knight Of Cups, en train de monter des marches, vers la lumière, avec ce titre « A quoi rêvent les cinéphiles ? ». Chaque numéro ne fait qu’interroger cette question. C’est un peu une approche new age, mais c’est un peu l’idée, n’ayons pas peur d’être romantique ou poétique de temps en temps. Mais pour vous répondre de manière franche et moins perchée : je dirais que l’envie de faire La Septième Obsession est venue surtout d’un besoin clair de partager au sens large le cinéma que nous aimions, et de mettre en lumière toute une cinéphilie qui s’est créée sur Internet. La revue est aujourd’hui principalement lue par les 18-35 ans, les fameux «millenials», que l’on dit désintéressés totalement du papier, alors que nous prouvons justement le contraire.

Concernant l’élaboration du contenu de la revue, comment procédez-vous pour définir le thème de chaque numéro ? On remarque évidemment les liens avec l’actualité cinématographique, mais comment parvenez-vous à concilier les exigences de votre ligne éditoriale avec cette actualité ?

Chaque numéro est innervé par l’actualité, mais ne la subit pas. Nous ne parlons, au final, que de très peu de films. Cela fait enrager beaucoup d’attaché(e)s de presse, puisque sur chaque numéro, sur deux mois, nous n’évoquons au final pas plus de quinze films (sur une centaine de sorties). C’est peu et suffisant en même temps. Dans notre époque de consensus profond, et de surmédiatisation, il faut aller à l’essentiel, mais aussi construire des ponts avec l’histoire des images. Chaque numéro – ou presque – mixe l’actualité des films ou des séries avec leurs « ancêtres ». Chaque thème est décidé en fonction des films que nous avons vus et aimés. Par exemple, quand on décide de faire 30 pages sur le cinéma gay, c’est parce que nous avons été ébloui par la grâce mélancolique de Call Me By Your Name. Cet été, nous avons fait une double couverture sur Une Fille Facile et Once Upon A Time in Hollywood et les avons rassemblés dans un dossier sur les 7 péchés capitaux. Nous aimons colorer l’actualité, rassembler les œuvres entre elles : elles communiquent toutes, et on voit souvent des « hasards objectifs », pour paraphraser André Breton, et c’est toujours un plaisir, de faire partager cela avec nos lecteurs. Créer des ensembles, ce n’est pas simplement collectionner les actualités, mais les mettre en scène.

A propos de la revue elle-même, plus précisément la partie Repérages consacrée aux critiques de films, on remarque instantanément une certaine préférence pour les films moins grand public, principalement diffusés dans les salles art et essai, un choix en accord avec la ligne éditoriale de La Septième Obsession. Comment et pourquoi choisissez-vous les films qui seront à l’honneur dans cette catégorie ?

Les repérages font la part belle au cinéma d’auteur, à des films plus exigeants, que nous choisissons minutieusement pour donner envie au lecteur. Ces films nous impressionnent et nous transforment, et font évoluer le cinéma. Mais nous n’oublions pas les films attendus, souvent des films américains, et nous incluons de plus en plus les séries (voir notre couverture sur The Handmaid’s Tale). Nous parlons principalement, de ce qui nous obsède, et de ce qui pourra, on l’espère, faire ressentir un maximum d’émotions au lecteur.

A l’ère du tout numérique et de la facilité pour les cinéphiles de tout âge d’accéder à du contenu spécialisé, pensez-vous que la démarche initiée avec La Septième Obsession sera-t-elle viable à long terme ?

Bien sûr que le numérique est important, et qu’il est déjà la «norme» dans nos vies. C’est le moyen premier que nous avons aujourd’hui pour nous informer, communiquer, regarder des films, etc. C’est une exceptionnelle autoroute de l’information et de la communication. Mais pourquoi une revue print comme La Septième Obsession ne pourrait-elle pas exister dans cet environnement ? C’est-à-dire un objet pensé, bien imprimé, avec des interrelations entre les photos et le texte, ne pourrait-il pas être légitime en parallèle du numérique ? On peut être très « connecté » et aimé être bercé par une revue, être déplacé de notre centre de gravité (numérique) pour penser autrement. Lire une revue papier, c’est comme faire un pas de côté, prendre un temps à soi, ressentir une émotion très forte. Et rien n’empêche, d’aller surfer ensuite sur le web, il y a des vidéos YouTube passionnantes à visionner, des podcasts à écouter, des sites à lire, et des discussions où l’on peut participer. Cet écosystème est nouveau, mais il est aussi beaucoup plus riche qu’avant. Il suffit de lire ces changements avec un regard différent, et passer de l’inquiétude à la quiétude, et se dire que tout peut exister, si l’on a envie que ça existe.

Dernière question concernant l’avenir de La Septième Obsession, déjà entraperçu avec la sortie du numéro hors-série consacré à Dario Argento, quels sont vos projets pour la suite ? Avez-vous déjà des idées pour de nouveaux hors-séries ou des projets de développement de la revue vers d’autres formats ou plateformes ? 

L’avenir passe par plein de projets : il faut diversifier, construire encore plus. Nous manquons de temps et de moyens, donc toutes ces choses se font progressivement, et j’ai envie de dire tant mieux. Rien ne sert de précipiter : les choses qui doivent arriver finissent toujours par pointer le bout de leur nez. Donc, il y aura des hors-séries (le n°2 après Dario Argento, sortira en décembre). Nous avons aussi des projets de podcasts, d’événements, et d’autres choses. Nous verrons…

Propos recueillis par Sarah Jeanjeau.

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