François de Lochner : “Abdellatif Kechiche mérite un procès !”

Ce mardi 4 juin, l’association « Stop au porno ! » a décidé de lancer une attaque en justice à l’encontre du film Mektoub my love : Intermezzo. Véritable scandale du dernier Festival de Cannes en mai dernier, le nouveau long-métrage d’Abdellatif Kechiche génère toujours une certaine haine encore aujourd’hui. Qualifié comme « pornographique » par certains festivaliers, ce choc cinématographique est arrivé jusqu’aux oreilles de François de Lochner, président de l’association « Stop au porno ! » et de « Liberté Politique ». Il a d’ores et déjà engagé une procédure judiciaire contre la diffusion future du film. Entretien.

______________________________________________________________________________________________________________

Tout d’abord, avez-vous vu le film ?

Alors non, je ne l’ai pas vu. En revanche, un grand nombre de personnes m’ont fait un compte-rendu et Dieu merci, je n’ai pas eu besoin de le voir. Des gens de toutes confessions et de tous bords m’ont signifiés que c’était nécessaire d’attaquer le film en justice, ce que j’ai décidé de faire.

Quelles sont ces raisons qui vous ont poussées à attaquer le film ?

Le fond de notre action est le suivant : la pornographie est aujourd’hui une espèce de déferlante qui envahie tous les espaces, publics comme privés. Le Festival de Cannes est un espace public, connu mondialement, où les spectateurs ne pouvaient pas imaginer visionner un tel film. Nous sommes donc dans une sorte de dictature de pornocrates, des personnes qui imposent la pornographie. C’est une chose tout à fait insupportable et c’est pour cela qu’Abdellatif Kechiche mérite un procès.

Justement, comment expliquez-vous qu’un film comme celui-ci a pu se retrouver en Sélection officielle à Cannes ?

Nous sommes face à un véritable scandale que je qualifierais de « scandale des Élites ». Le souci aujourd’hui avec ces « Élites », c’est qu’elles n’ont plus aucun discernement. C’est ahurissant de voir les raisonnements qui sont tenus. Le président a dû se dire : « Oui, nous sommes un festival donc on va équilibrer un petit peu. Dans notre sélection, il y aura du porno, de l’art contemporain et classique. » Il n’y a plus aucune vérité, plus aucune morale et plus aucun objectif. Tout cela représente la version la plus gentille. La plus dure serait que le président soit complétement partie prenante dans cette atmosphère de perversité général parce qu’il se reconnait là-dedans et dans le fond, ça lui fait plaisir.

Concrètement, qui visez-vous avec cette attaque ? Le réalisateur Abdellatif Kechiche ? Le Festival de Cannes ?

Très bonne question. On démarre par Kechiche pour faire interdire la diffusion de film, si possible. Actuellement, je suis en train de regarder avec mes avocats car le Festival de Cannes est un événement mondialement connu. Il a donc une certaine responsabilité. Or, le code pénal est extrêmement clair : « Quiconque faisant la promotion, la conception ou la diffusion de la pornographie est susceptible de peines de prison et de lourdes amendes. » Je pense que Cannes est dans ce cas de figure. Il n’est donc pas du tout exclu que l’on enclenche une action contre le Festival de Cannes pour les calmer un peu et qu’ils comprennent que l’année prochaine, il ne faudra pas refaire la même erreur.

Quels sont vos objectifs en réalisant cette attaque ?

Tout d’abord, c’est d’obtenir satisfaction en empêchant la sortie du film. Par la suite, et c’est un petit peu la conséquence, nous montrerons que l’on ne se laisse pas couler par les pornocrates qui font ce qu’ils veulent et qui pervertissent à une échelle ahurissante la jeunesse. C’est effrayant de voir ce que l’on montre aux jeunes de 8, 10 ou 12 ans aujourd’hui. En clair, il faut que la peur change de camp. De nos jours, la pornographie est un fléau qui tétanise les familles qui ne savent plus quoi faire. De l’autre côté, c’est la joie et la bonne humeur. On diffuse du contenu et on se fait plein d’argent. Et bien maintenant, on fait changer la peur de camp. Ils vont savoir qu’il y a une association « Stop au porno ! » qui les attaque en justice.

En 15 ans d’études sur le monde de la pornographie, aviez-vous déjà attaqué un film en justice auparavant ?

Non car nous avons démarré les attaques en justice il y a seulement cinq ans. Notre premier procès fut contre l’Éducation Nationale en 2014. Ce n’était pas un film mais un petit livre. On reste donc dans le domaine culturel. Il était absolument ignoble. C’était un peu comme si Kechiche avait écrit un livre (rires). Le procès est toujours en cours mais j’espère vraiment le remporter car nous pourrions dire : « Attention, on a attaqué l’Éducation Nationale en justice et nous avons gagnés. »

Quels sont les risques que pourraient engendrer la sortie en salle de Mektoub my love : Intermezzo selon vous ?

Le risque, c’est que tous les gens fragiles, notamment les jeunes, s’y précipitent. C’est vrai qu’aujourd’hui, ils peuvent visionner ce qu’ils veulent sur Internet mais cela se passe dans un contexte privé. En revanche, le cinéma est un espace public. Il y aura des affiches, de la communication. Des gens pourraient très bien tomber dans la pornographie sans s’y attendre. On tombe dedans en seulement quelques secondes, contrairement à l’alcoolisme qui lui prend un peu plus de temps à s’installer dans la vie d’un individu. On devient accro à la pornographie en une soirée.

Propos recueillis par Tom Vannier (@Tom__Vannier)

Laisser un commentaire