Rambo Last Blood : Le chagrin au bout des poings

« Ce que vous appelez l’enfer, il appelle ça chez lui ». Rambo est de retour. Le 4e opus, alias John Rambo devait être le dernier de la série du héros mythique incarné par Sylvester Stallone. Mais Rambo n’était pas encore prêt à quitter la scène ; avec Last Blood, il revient faire un crochet par le Mexique.

John Rambo est désormais confortablement installé dans son ranch en Arizona, avec ses chevaux, son amie – et servante – Maria (Adriana Barraza) et sa petite-fille, Gabrielle (Yvette Monreal). Il coule des jours heureux et une retraite paisible, semblable à un vieux sage, pense-t-on. Durant ses journées, il sauve des randonneurs imprudents, dresse des étalons, veille sur sa petite famille adoptive… Devant l’écran, on regarde sa montre : le film a commencé depuis une demi-heure et le vétéran du Vietnam n’a encore tué personne. John Rambo serait-il devenu un héros Eastwoodien, un John Wayne de fin de carrière, ayant renoncé à toute violence ? La caméra se fait contemplative, et le héros nostalgique.

Détrompons-nous ! Gabrielle s’enfuit du ranch et part au Mexique à la recherche de son père biologique, qui l’avait abandonnée peu après sa naissance. Plot twist : ça tourne mal. Gabrielle se fait kidnapper par un Cartel mexicain et Stallone doit aller la récupérer.

« C’était pas ma guerre ! » criait autrefois un John Rambo traumatisé par l’absurdité du Vietnam. Dans Last Blood, sa guerre est personnelle. Sauver Gabrielle, sa fille prodigue, c’est la guerre de sa vie. C’est aussi son talon d’Achille : d’ordinaire, il est invincible. Gabrielle introduit une fragilité dans l’armure du vieux guerrier, aussi bien physiquement que spirituellement. L’émotion affleure, et on regrette parfois que le réalisateur Adrian Grunberg ne s’attarde pas encore davantage sur la silhouette granitique de Sly, et son visage martial comme une statue d’Arno Breker. Pourtant, les quelques moments où il pose sa caméra et laisse le soldat philosopher sur sa vie, forment probablement les scènes les plus émouvantes du film. La tristesse de Rambo n’est jamais très loin de ses coups. Son infinie douleur et la sauvagerie de sa vengeance frappent au cœur. Son chagrin, il le porte au bout des poings.

Cette violence n’a pourtant pas résolu les traumas de l’ancien GI. Mais dans Rambo Last Blood, si la violence ne résout rien, alors c’est qu’on n’a pas frappé assez fort. Dans sa deuxième partie, le film pousse encore un cran supplémentaire dans l’outrance gore et sanglante. Il devient radical. L’image est à l’os, littéralement et figurativement. On retrouve une production de cinéma d’exploitation, de pur actionner de série B, trop bas du front pour s’embarrasser d’une quelconque doctrine politique. Il s’embarrasse peu de réalisation, également. Les précédents opus de Rambo avaient pourtant quelques ambitions cinématographiques dans leurs mouvements de caméras. La réalisation de Last Blood est avant tout fonctionnelle, privilégiant la simplicité de la mise en scène – ce qui affaiblit malheureusement certaines scènes d’action. Cette simplicité se retrouve jusque dans les pièges tendus par Stallone dans la jubilatoire et sanglante home-invasion qui constitue le final du film.  On revoit avec ce segment, le scénario écrit par Sly pour Homefront (avec Jason Statham) qui devait originellement narrer le « vrai » Rambo 5.

Dans cette dernière partie, la meilleure du film, John Rambo, tel une Valérie Damidot psychopathe, va relooker son logement au moyen de pièges en bois, pieux dans le plafond ou autres explosifs dans le sous-sol, pour éliminer le Cartel des kidnappeurs mexicains. Ça maroufle de tous les côtés, M6 devrait adorer.

Alors, dans ce cinéma sursaturé de super-héros, Rambo Last Blood est-il désormais has-been ? Possible. Si le vieil héros du Vietnam, crépusculaire, blasé, nostalgique, rincé, à bout de forces, rappelle dans ses meilleurs moments, le Logan de Mangold, Sylvester Stallone n’est pas éternel. Le beau générique de fin, dévoilant tel un diaporama quelques scènes iconiques des précédents films, signe les adieux de la saga. À l’avenir, il est peu probable que l’on revoit dans le cinéma grand public, un film aussi anachronique, aussi peu responsable, aussi yolo dans ses thématiques, alors que chaque film est désormais observé par le prisme du woke, et que les appels à la censure se font toujours plus pressants. « Live for nothing, or die for something – Vivre libre ou mourir » prêchait Rambo. Son histoire cinématographique prolonge la sentence : Filmer librement ou mourir.

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