Le Mans 66 (Ford v Ferrari) : On allume bien les chevaux

Nouveau film de James Mangold (Copland, Logan), Le Mans 66 (Ford v Ferrari en VO) relate le duel mythique que se sont livrés les deux constructeurs automobiles dans les années 60 pour la victoire dans la course d’endurance des 24h du Mans.

La course automobile a connu des fortunes diverses au cinéma. Si le récent Rush de Ron Howard avait réconcilié les amateurs de la discipline avec le 7e art, les prédécesseurs désastreux ne manquent pas : Driven, Michel Vaillant, ou autres Need for Speed furent, entre autres, des purges abominables. Les causes sont souvent identiques : méconnaissance du sujet, scénario indigent et mise en scène des courses médiocres. La compétition pose aussi un problème de fond pour les réalisateurs : comment dialoguer un film où l’essentiel des scènes se dérouleraient dans les cockpits de monoplaces, avec des pilotes mutiques écoutant pour seules répliques, les vrombissements de leurs moteurs ?

Pour retrouver l’âge d’or de la compétition auto au cinéma, il faut remonter aux années 60-70, avec les légendaires Grand Prix de John Frankenheimer (1966), Le Mans avec Steve McQueen (1971) ou Week-end of a Champion de Roman Polanski (1972). Ces trois films, très en avance techniquement sur leurs temps (usage de caméras embarquées, de steadycams…) avaient la particularité d’utiliser, pour tout ou partie, les codes du documentaire plutôt que de la fiction. Même le plus scénarisé d’entre eux, Grand Prix, usait de prises de vues de courses réelles, avec des pilotes contemporains.

Le Mans 66 relève donc le double défi de scénariser le contexte d’une époque révolue, en coulisses comme sur la piste, et de reconstituer le spectaculaire des courses d’endurance des années 1960. La première partie du film, trop bavarde et classique, campe le contexte industriel et sportif de l’époque : Ford, plus grand fabricant mondial de voitures, souhaite redorer son image de marque vieillotte et dépassée. Ferrari, écurie multi-titrée au Mans et artisan-compétiteur « à l’ancienne » est dominatrice sur la piste, mais au bord du dépôt de bilan à la banque. Après avoir échoué à racheter Ferrari, Ford va s’allier avec le préparateur automobile Carroll Shelby (Matt Damon) pour battre Ferrari sur la piste. Shelby va s’entourer de son meilleur pilote et metteur au point, Ken Miles (Christian Bale) pour mettre au point la fabuleuse Ford GT40, la première grande voiture de course d’endurance américaine, afin de remporter la plus prestigieuse course de l’époque, les 24h du Mans.

Carroll Shelby, c’est le texan pragmatique, premier américain vainqueur au Mans. Matt Damon est dans sa zone de confort, c’est un héros souriant, sympathique, un peu roublard mais toujours moral. Ken Miles, c’est le britannique utopiste. Colérique mais loyal, pilote et metteur au point de génie, il cherche le « tour de piste parfait » comme d’autres chercheraient Dieu. Christian Bale signe avec ce personnage une interprétation furieuse et hallucinée. Leur alliance face au Commandatore Enzo Ferrari (bluffant Enzo Rimore) va renverser la face de la compétition automobile, dans une deuxième partie du film qui fait la part belle au circuit, laissant (provisoirement) les businessmen de Ford au stand.

Le Mans 66 est une déclaration d’amour à la compétition automobile, à tous les Shelby et les Ferrari de l’Histoire, face aux industriels technocratiques tels que Ford, qui vendent des voitures comme ils vendraient des machines à laver. C’est une histoire d’Hommes courageux et idéalistes, face à des bureaucrates sans autre passion que le seul profit.

Les scènes de course sont parmi les plus spectaculaires vues au cinéma. Le final sur le circuit du Mans, avec le duel nocturne Ford – Ferrari filmé à la lueur des phares, sous le déluge des éléments, reste un sommet du long-métrage, une expérience viscérale à vivre sur grand écran. On lui pardonnera une première partie longue et pataude, un peu trop filmée avec le frein à main, avant de lâcher les chevaux. James Mangold réalise encore un film sur le crépuscule d’une époque, mythique et romancée, quand les pilotes de courses étaient encore les maitres de leurs machines.

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