Neomanila : sexe, drogues et Philippines

Neomanila présente Toto, un jeune adolescent philippin, se faisant embarquer au sein d’un duo de tueurs à gages. Une belle épopée nocturne et identitaire, récompensée aux Gawad Urian Awards.

Neomanila est un film philippin sorti en 2017 et réalisé par Mikhail Red. Dans la ville de Manille, la violence règne en maître, entre deals de drogues, meurtres et pauvreté extrême. Toto, orphelin, prend peu à peu part à des activités criminelles aux côtés d’assassins.

Le film de Red tient une sorte de promesse sous-entendue dans son synopsis : il est un étrange hybride entre Léon (Besson, 1994) et les nombreuses séries sur la drogue (plus proche de Narcos que de Breaking Bad, malheureusement). Flottant dans les rues de la métropole, Toto semble largement habitué à ce cadre de vie que le spectateur occidental est en train de découvrir, permettant l’instauration d’une narration fluide, presque contradictoire avec la violence présente à l’écran. Dès le début, le spectateur assiste ainsi à un meurtre froid et désincarné (on ne voit pas le tueur), qui n’est que le début d’une longue série. Pour autant, jamais le réalisateur ne crée réellement de scènes choquantes, allant même jusqu’à habituer son spectateur à cette violence quasi-permanente. 

Neomanila arrive donc à faire parcourir un réel cheminement, dont le point culminant est finalement l’identification au personnage de Toto, permettant au film de toucher plus sincèrement. Le côté « quête identitaire » se révèle alors aux yeux du spectateur désormais pris dans les mailles de l’histoire. L’évolution de Toto oscille alors entre son parcours criminel et la découverte d’une famille, incarnée par la femme du couple d’assassins. L’enfant contenu chez Toto se révèle tout en se détruisant de plus en plus : la seule famille qu’il possède n’est là que pour lui apprendre à tuer. 

Se voulant conflit psychologique déchirant, le film n’arrive malheureusement pas à insuffler suffisamment de puissance dans ce doute lié à une identité partagée. Difficile d’appréhender des personnages aux comportements plus qu’intériorisés et qui ne dévoilent que trop rarement leurs sentiments ou leur histoire. Rares sont les larmes qui coulent, encore moins pour le spectateur, qui se retrouve à son tour tiraillé par la volonté de partager les souffrances du personnage principal, tout en se désintéressant d’un adolescent zigzaguant entre sexe, drogues et armes à feu. Le choix d’une histoire sans réel objectif à atteindre est un pari risqué à moitié réussi : si le film arrive à nous intéresser sur le quotidien (tragique) des personnages et de la ville, il n’est pas pour autant assez personnel pour y incorporer les émotions profondes que le spectateur est en droit d’attendre.

Neomanila parvient finalement à surprendre et à plaire, mais revêt un arrière-goût d’inachevé. Le film prend un ton différent selon la population à laquelle il s’adresse : étant presque un documentaire pour l’Occidental lambda, il doit sûrement en être autrement pour le connaisseur de la ville philippine, qui y verra certainement bien plus. 

Neomanila est disponible en exclusivité sur e-cinema.com. Pour le voir gratuitement et légalement, vous pouvez cliquer ici : Voir Neomanila et utiliser le code suivant : NEOZD2B6U.

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