Killing Ground : Camping Paradis

En dehors des Mad Max et quelques, trop rares, films de l’ozploitation, le cinéma australien a bien du mal à sortir chez nous hormis, dans une époque lointaine, sur les bancs des vidéoclubs. Ainsi Wolf Creek de Greg McLean a bien du mal à trouver un successeur et ce n’est malheureusement pas Damien Power avec son premier long-métrage, Killing Ground, qui pourra y pallier.

Un couple amoureux transi de bonheur, au porte du mariage, décide de façon maligne qu’un voyage dans l’Australie profonde et en camping pourrait être une bonne idée. Évidemment ce n’est pas le cas et le jeune couple parfait va voir son bonheur et sa notion de couple se déchirer au contact des sauvageons du coin. Le script n’a rien d’original, mille fois vu et revu.

Damien Power, après quelques sympathiques court-métrages, choisit le genre du survival en terre inconnue pour son premier essai. Si ce genre de première est plutôt commune, le réalisateur et scénariste tente pourtant des choses. Notamment dans son choix de récit sur trois temps qui s’imbriquent. Si le procédé fait illusion à peine une demie-heure, l’idée est intéressante et aurait pu amener à quelques retournements de situation bienvenus si l’écriture et le montage avaient été plus malins. Power tente et c’est bien, mais là où Killing Ground peut trouver de l’intérêt c’est au sein de ses personnages et notamment le couple composé de Sam (Harriet Dyer) et Ian (Ian Meadows). Couple parfait et équilibré en apparence, le script va bousculer les hiérarchies préétablies. Tout commence par une demande en mariage amenée par Sam et dont Ian semble surpris. Fait qui paraît anodin au premier abord mais qui annonce déjà la rupture du couple. Dès que le film les soumet à l’épreuve, l’homme s’efface et fuit préférant laisser sa femme face au danger pour sauver sa peau. Tandis qu’elle, affronte ses peurs et va à l’encontre du mal.

Les conséquences ne sont pas dévoilées par la fin abrupte du film, mais on peut imaginer que l’équilibre si parfait du couple se voit ébranlé et cela prédestine une fin inéluctable. En parallèle du couple, nous suivons les mésaventures d’une famille qui, servira plus de poudre à canon, dans ce scénario bien trop sage. Killing Ground va partir dans une idée de rape & revenge gentillet. Damien Power préférant ne rien montrer mais plutôt être dans la suggestion. Un choix plus stérile qu’original. Surtout que Power nous fait suivre le cheminement du duo de tueurs sauvageons. On ne sait pas si il essaye de nous les rendre sympathiques ou de combler son film comme il peut pour le faire durer. Le film aurait pu y gagner si le script avait été plus orienté sur les tueurs. Rajouté à une fin très abrupte ne laissant pas le film conclure tous ses arcs, on obtient un script bancal, peu original malgré quelques bonnes intentions de départ.

Des bonnes intentions, Damien Power en est pétri. L’idée d’un montage en trois temps est plutôt bonne mais elle est desservie par une réalisation trop scolaire et fonctionnelle dévoilant tous les artifices à l’avance. Hormis un plan séquence, où il décide de concentrer notre regard sur l’arrière plan, Power a bien du mal à capter notre intérêt. C’est donc avec un œil éteint que nous subissons la longue balade dominicale australienne. D’autant que le jeune réalisateur, assumant timidement le rape & revenge, ne divertit jamais et fait tout pour ne pas choquer. Hormis un moment un peu dur, Killing Ground passe plus de temps à prendre soin du spectateur plutôt qu’à malmener ses personnages. Dommage pour un film soi-disant d’horreur qui n’a d’horreur que les petits cochons débarquant à l’improviste. Killing Ground multiplie les clichés, malgré sa tentative d’originalité sur les timelines superposées, on a bien du mal à retenir quoique ce soit comme choix fort du réalisateur. Power n’est pas non plus aidé par une absence de travail sur la lumière du film qui ne dégage absolument rien. Certainement dû au manque de moyen bien entendu, mais l’image déjà bien maigre en mouvement en devient rachitique. Le manque de tension, la timidité musicale et le montage fonctionnel finissent d’asséner le coup de grâce à un spectateur qui préférera retourner à son téléphone tellement le désintérêt pour l’intrigue se fait sentir. Dans cette torpeur, le casting, il faut le signaler, s’en tire plutôt bien. Harriet Dyer mène bien la barque d’une femme prête à prendre ses responsabilités. Face à elle, les deux tueurs sont bien campés. On a presque plus d’attachement pour eux que leurs victimes. À ce titre, Damien Power s’en tire plutôt bien dans la direction de ses acteurs.

Dans la campagne australe, personne ne vous entendra crier… d’ennui. Même un récit en trois temps, une bonne volonté du casting et quelques idées intéressantes de script peinent à sauver de l’oubli un Killing Ground petit bras dans sa gestion du genre du rape & revenge. La dernière forêt sur la gauche n’arrive jamais à capter son spectateur hormis à de trop rares moments. Un film à voir, peut-être, un soir de camping entre potes pour s’endormir paisiblement.

Killing Ground est disponible en exclusivité sur e-cinema.com. Pour le voir gratuitement et légalement, vous pouvez cliquer ici : Voir Killing Ground et utiliser le code suivant : KILG2DPZS

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