Too Old to Die Young : l’épopée fascinante au coeur d’une Californie nocturne

Too Old to Die Young (TOTDY) déstabilise mais fascine avant tout : une vraie expérience cinématographique incomparable dont on ne sort pas indemnes.

Alors que Game of Thrones se terminait et que la mini-série Chernobyl atteignait des notes record, Nicolas Winding Refn, réalisateur de Drive, The Neon Demon ou encore de la trilogie Pusher, a sorti sa série de 10 épisodes sur la plateforme de streaming Prime Video. Racontant l’histoire d’un policier devenant peu à peu un justicier meurtrier mêlée à celle d’un membre haut placé d’un cartel, la série de Refn divise mais est avant tout un chef-d’oeuvre.

En dix épisodes durant en moyenne entre 1h et 1h30, Refn prend le temps, à l’instar de ses films, d’instaurer toute une ambiance, cette dernière ne dérogeant pas à son univers : nocturne, violente et silencieuse. La lenteur s’impose très vite comme caractéristique de la série tant elle est exacerbée, entre dialogues interminables et silences indescriptibles. Seulement, grâce au talent incontestable du réalisateur, c’est là toute l’ambiance de la série qui prend forme pour devenir un conte nocturne hypnotisant. À de maintes reprises, le souffle se cale sur le silence d’un regard, une poignée de secondes qui captivent sans raison apparente. C’est principalement ainsi que TOTDY est, dans son entièreté, un chef-d’oeuvre sans équivalent. Impossible à décrire mais fascinante de bout en bout, la série de Refn invite le spectateur à se plonger corps et âme dans son univers, dans lequel tous les actes sont immoraux et tous les personnages détestables. TOTDY est ainsi une ode à la violence, cette dernière semblant être le principal moyen d’expression des personnages, devenant un peu plus jouissive à chaque instant. Chaque fois que le sang est versé, Refn et ses directeurs photos talentueux (Darius Khondji et Diego Garcia) font de la série une peinture de maître, sublimant chaque acte brutal pour en faire un régal visuel. 

Seulement, la volupté photographique est loin de s’arrêter aux scènes sanglantes (finalement plus marquantes que réellement nombreuses) pour s’étendre à la totalité de la nouvelle oeuvre grandiose de Refn, enveloppant la série d’une étrange mélancolie plongeant le spectateur dans une transe cinématographique rare, d’autant plus pour une série. Impossible de vraiment se détacher de TOTDY tant sa force contemplative est une invitation à continuer le chemin que trace Refn dans les paysages californiens qui lui tiennent à coeur. Rien ne peut alors arrêter le visionnage de l’oeuvre ambitieuse et expérimentale du réalisateur, qui abandonne peu à peu son atmosphère contemplative pour se tourner vers une violence jouissive et une sexualité plus affirmée. Refn semble donc prouver sa volonté de figurer les travers de l’espèce humaine ainsi que la dualité qui la caractérise. Beauté et perversion animent chaque personnage à l’écran, ces derniers suivant les mêmes règles que la mise en scène qui soigne son esthétique contrastant avec l’horreur, la violence et les débats moraux que mettent en avant le scénario. Nicolas Winding Refn fait alors volontairement le choix de faire souffrir son spectateur, qui ne s’attend pas à ce que toutes les limites soient franchies. C’est ainsi que TOTDY devient un élément à part entière de ces oeuvres qui constituent bien plus une expérience cinématographique qu’un simple plaisir audiovisuel. 

Regarder la série du réalisateur de Drive relève donc à la fois d’une réelle épreuve, tout en étant une étape obligatoire dans le paysage cinématographique actuel. En fournissant l’une des oeuvres les plus radicales dans le milieu des séries et la plus radicale de sa filmographie, NWR franchit un seuil que nombreux n’arriveront pas à passer avec lui. Pourtant, il est indéniable que le travail et l’inventivité ayant permis la naissance de la série sont une réelle justification de la nécessité de passer par son visionnage. Si la série déstabilise et déstabilisera, c’est sans aucun doute car le réalisateur a fait le choix de délaisser tous les codes régissant les séries actuelles. Pas de cliffhangers ou de retournements de situations pour tenir en haleine, mais bel et bien une réelle capacité à créer une oeuvre unique. L’incompréhension naissante après certaines séquences proposées ne fait qu’élever TOTDY au rang d’oeuvre supérieure, dont tous les messages et les intentions ne seront peut-être jamais entièrement compris. 

Unique, hypnotisante et indéniablement puissante, la série de Refn gagne ainsi sa place au Panthéon des oeuvres les plus génialement perturbantes offertes au grand public, une série incontournable.

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