Zombi Child : Une douce résurrection horrifique

Brillamment mis en scène, Zombi Child se place sans aucun doute comme étant le meilleur film de la semaine. De l’amour, de la solitude, de l’horreur et des zombies… Mais des zombies différents.

Entre les séries comme The Walking Dead, Z Nation et les films comme World War Z, Un Dernier Train pour Busan, et plus récemment The Dead Don’t Die, le traitement des zombies est souvent répétitif, on a cette impression de voir toujours les mêmes choses. Après Nocturama et Saint-Laurent, Bertrand Bonello décide de s’intéresser aux zombies. Il s’inspire bien évidemment de La Nuit des Morts Vivants de George Romero, mais il décide de traiter un personnage qui a déjà été étudié par Wes Craven dans l’Emprise des Ténèbres, celui de Clairvius Narcisse, un haïtien drogué qui aurait été déclaré mort en 1962…

Bertrand Bonello remonte aux origines du terme, et pour preuve le titre du film ne porte pas de « e », le « zombi » est donc littéralement un mort-vivant (non américanisé). Il entremêle l’aventure indécise d’un zombi errant à Haiti (Clairvius) et l’histoire (55 ans plus tard) d’un groupe de lycéennes dans le prestigieux pensionnat de la Légion d’Honneur à Paris. Il use d’une profondeur historique afin de mieux développer à côté un récit qu’il peut déformer comme il le souhaite. On retrouve donc des dates, une fin de film accompagnée d’informations, et un zombi voguant à Haiti entre les plantations de canne à sucre et les vestiges de son passé qu’il ne peut atteindre.

Morcelée puis ensuite complétée, la narration fascine par sa parfaite fragmentation du récit, le rendant adapté à différents genres. L’originalité de la partie à Paris tient dans le choix du réalisateur de ne pas simplement nous présenter des adolescentes au lycée, mais dans un pensionnat de la Légion d’Honneur, un lieu très peu exploité au cinéma. En plus de découvrir différentes commodités du lieu comme un documentaire, on prend part dans une rencontre endiablée de genres : parfois l’impression d’être dans un drame social sur des lycéennes, souvent à la limite entre intérêt et banalité, c’est une véritable ambiance qui se créer sur la longueur en alternant ce que l’on y voit. En plus d’avoir une double-temporalité, on assiste aussi à une double-fragmentation : comme un puzzle avec des pièces manquantes, de nouveaux personnages prennent place à l’écran, nous permettant alors de mieux saisir certains instants qui étaient partiels quand on les voyaient.

Le film est là où on ne l’attend pas, c’est dans cet étrange mélange entre douceur et inquiétude que naît des séquences horrifiques terrifiantes. Le vaudouisme est traité avec beaucoup de respect et ne sert pas uniquement à créer de l’horreur, il est ici signe de béatitude. En plus d’être un film complet, la bande-son est elle aussi un personnage à part entière. De Damso aux chants haïtiens, les acteurs inconnus brillent à l’écran, et surtout Louise Labeque qu’il faudra suivre de près dans les années à venir !

Avec Zombi Child, Bertrand Bonello prouve qu’il est capable de traiter avec originalité un sujet qui a déjà été traité des centaines de fois au cinéma. Entre douceur et horreur, Damso et vaudouisme, prenez part à un film qui ne possède pas qu’un genre.

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