Wedding Nightmare (Ready or Not) : jusqu’à ce que la mort nous sépare

Grace (Samara Weaving), belle orpheline désargentée, se marie avec Alex Le Domas (Mark O’Brien), riche héritier d’un empire du jeu. Mais la nuit de noce chez la famille Le Domas est soumise à un étrange rituel ludique…

Ready Or Not, réalisé par Matt Bettinelli-Olpin & Tyler Gillett, anciens du collectif Radio-Silence (Devil’s Due, Southbound) sort en France avec le titre anglophone peu inspiré de Wedding Nightmare. Si cette pirouette marketing a probablement pour objectif de surfer sur le succès des American Nightmare (The Purge en V.O.), ne nous plaignons pas trop, nous avons probablement échappé à une plus grotesque variation du style Very Bad Wedding. Le film a pourtant suffisamment de qualité propre pour se passer de ce genre de petite manipulation commerciale.

Wedding Nightmare a d’abord ce doux parfum de la comédie horrifique des années 80-début 90, façon La mort vous va si bien de Robert Zemeckis. Plus drôle que réellement effrayantes, ces noces funèbres, outrancièrement gores, sont un peu comme si La Famille Addams était remakée par un Sam Raimi ambiance Evil Dead.

Si ces références sont valorisantes, c’est parce que le film se montre surprenamment solide dans sa construction. D’abord, l’élégante photographie de Eric Zachanowich, flatte la beauté victorienne du manoir de la famille Le Domas, huis-clos gothique de ce jeu de massacre jubilatoire. La caméra numérique (la désormais traditionnelle Arri Alexa) impressionne en faible lumière et capture les décors allumés aux bougies, avec une définition stupéfiante. Les dominantes de tons vert et rouge soulignent intelligemment les phases de calme et de tension qui se succèdent, dans un rythme bien maîtrisé et pas avare en rebondissements.

La musique, mêlant rock et classique, emprunte la Symphonie N°9 de Beethoven à Orange Mécanique, comme pour mieux souligner la violence débridée des protagonistes.

Toute société a ses règles. La famille Le Domas a les siennes quand il s’agit de la nuit de noce. Ces règles sont littérales ; la mariée, Grace, nouvelle venue dans la famille, doit se plier à une cérémonie d’initiation : jouer à un jeu, tiré au sort. Ce sera le Hide and Seek, le Cache-cache, mais version survival. Le twist scénaristique expliquant la raison de ce bain de sang est suffisamment rocambolesque et ludique pour ne pas vous le gâcher par un spoiler; cette critique l’évitera donc soigneusement.

L’aristocratie aussi a ses règles, comme l’avait bien résumé Jean Renoir dans son classique  La Règle du Jeu, dont Wedding Nightmare emprunte quelques thèmes. « Le plus effrayant, c’est qu’on est capable de faire n’importe quoi, du moment que la famille dit que c’est bien », lâche un Alex désabusé, une phrase que n’aurait pas renié la Famille Corleone. Les réalisateurs ont confié avoir pensé à leur scénario après l’élection de Donald Trump à la présidence des USA. Ils voulaient pousser la satire sur la transmission des traditions, même les plus malsaines, dans les familles de la haute bourgeoisie.

Le cauchemar de l’héroïne, oie blanche prolétaire plongée dans cette meute de loups aristos, joue gentiment le jeu de l’allégorie sociale, même si le film n’en fait pas son sujet principal comme un Get Out. Wedding Nightmare cherche davantage le frisson des ruptures de tons, entre horreur et comédie, le vernis sociologique permettant surtout de brosser, avec truculence et en quelques plans, les personnages archétypaux et drolatique de cette famille décadente.

Les personnages principaux, Grace, Alex et son frère Daniel Le Domas (Adam Brody), bénéficient toutefois de davantage d’écriture. Le dilemme des deux frères, écartelés entre leurs traditions familiales absurdes et leur sens de l’humanité, crée son petit suspens sur le final. Et si l’évolution de Grace est caricaturale (instagrameuse niaise au début du film, véritable Lara Croft à la fin), Samara Weaving porte le film par ses punchlines hilarantes et sa dépense physique de décathlonienne du slasher. Son affrontement avec sa belle-mère (excellente Andie MacDowell) vous dissuadera peut-être de promettre « … jusqu’à ce que la mort nous sépare ».

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