The Vigil : L’exorcisme de Rabbi Jacob

Si les films d’horreur d’inspiration chrétienne ne manquent pas (L’Exorciste, L’Échine du Diable, La Nonne, ou encore Midsommar…), ceux issus de la tradition juive sont beaucoup plus rares. C’est pourtant l’épouvante que nous propose le réalisateur Keith Thomas pour son premier long métrage, The Vigil.

Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? Le surnaturel et la métaphysique, les mondes cachés et transcendants, si possible enrichis d’un vaste décorum aussi inquiétant qu’obscur, sont des sources fertiles d’inspiration pour l’effroi cinématographique. Pour The Vigil, c’est la religion hébraïque, son culte et ses coutumes ancestrales, qui fort logiquement, servent de toile de fond au récit.

Yakov Ronen (Dave Davis), jeune new-yorkais hassidique pratiquant un judaïsme orthodoxe, est en rupture avec sa religion à la suite d’un traumatisme passé – et qui constitue un des ressorts du suspense du film. L’espace d’une nuit, il va pourtant devoir veiller sur la dépouille d’un membre de sa communauté, selon le rituel du shemira, la veillée du corps du défunt. Mais ce corps est celui d’un rescapé de la Shoah, et de nombreux tourments l’accompagnent.

Filmé en quasi unité de lieu et de temps à la manière de The Autopsy of Jane Doe, The Vigil est une expérience cinéphilique physique et effrayante, et Blumhouse ne s’y est pas trompé en acquérant la distribution du film. Son ambiance nocturne et poisseuse rappelle la stylisation des films de fantômes japonais, comme Kaïro de Kiyoshi Kurosawa, ou encore le Ring de Hideo Nakata.

Mazel tov, on ne fait pas les fiers sur nos sièges de cinéma ! Par un curieux mimétisme, on se surprend à scruter les mouvements dans la salle et à guetter les sons suspects alentours, à la manière du vigile lui-même. Keith Thomas impressionne par sa maitrise de la rythmique, de ses effets et de son cadre, qui démontrent une maturité de réalisation étonnante pour un premier métrage. On peut toutefois regretter qu’il abuse trop de jump scare façon Conjuring de James Wan, qui, s’ils s’avèrent efficaces (on sursaute à tous les coups), transforment le film en train fantôme un peu trop artificiel.

Ces jump scare, brusques entrées dans le cadre d’un objet ou d’une personne, rehaussées d’un fortissimo sonore criard, sont à la peur ce que les chatouilles seraient au rire. Certes, ces chatouilles, subtilement administrées, nous font rire : pour autant, ces rires sont-ils le résultat d’une comédie réussie, d’une narration drolatique, d’une cause particulièrement comique ? A l’évidence non. C’est un effet purement mécanique du toucher qui, au fond, ne requiert pas un énorme talent. Il en est de même pour les jump-scare et la peur.

Dommage que la forme se complaise un peu trop dans ce spectaculaire de fête foraine, quand le fond du film, possède une authentique stature et gravité. Le sujet du récit, l’antisémitisme et le sentiment de culpabilité lié à l’holocauste, est original pour ce type de production, et touche juste. Par sa portée politique, il n’a rien à envier à un Get out, et n’est pas juste un « film de peur de plus ». Trente années après la sortie de l’Echelle de Jacob de Adrian Lyne, The Vigil constitue ainsi une appropriation réussie de l’allégorie religieuse issue de la Torah. Et la vérité si je mens, quoi de mieux qu’une séance d’horreur pour affronter ses démons ?

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