Scandale : Mauvais copieur

En 2016, un des hommes les plus puissants des médias et de la télévision est destitué de son trône : le président de Fox News, Roger Ailes. Un évènement marquant de ses dernières années et qui à juste titre, bénéficie de deux adaptations cinématographiques et télévisuelles : la première est la série The Loudest Voice (Showtime), et la seconde, le film Scandale

Réalisé par Jay Roach et mettant en scène un trio d’actrices formidables dont deux nommées aux Oscars (Margot Robbie et Charlize Theron), c’est un Scandale que l’on soit face à un film d’une qualité narrative aussi médiocre malgré le fort potentiel cinématographique imaginable à partir de cette affaire qui a bouleversée le système télévisuel américain.

A l’ère du MeToo, il est important de revenir sur des affaires importantes et de les immortaliser pour qu’elles ne soient pas oubliées. Lorsqu’un film et une série sortent en même temps pour revenir sur le même sujet (sans oublier The Morning Show qui l’évoque dans un contexte fictif), c’est qu’il est mémorable. Avoir de bonnes intentions et parler d’un sujet d’actualité ne veut pas forcément dire faire un bon film, et c’est Scandale qui en est l’exemple parfait. Impossible de ne pas penser au cinéma d’Adam McKay pendant le visionnage, notamment dans sa portée narrative où le récit avance des explications brisant le quatrième mur ou en utilisant la voix-off. C’est un procédé narratif utile lorsque les informations sont nombreuses au point d’assommer le spectateur s’il ne les possède pas pour tout comprendre. Dans Scandale, le scénariste de The Big Short l’utilise sans parvenir à nous séduire avec, tentant d’apporter une substance au fond et à la forme.

Face à Scandale, nous avons comme l’impression qu’il veut tout dire, tout dénoncer, sans pour autant que ça marche. On retient tout de même l’originalité de cette dénonciation dans un milieu de droite où les soutiens envers la présidence de Donald Trump étaient majoritaires et où briser le silence voulait aussi dire se mettre à dos une industrie, à la manière d’Harvey Weinstein. Le réalisateur Jay Roach (Austin Powers, The Dinner) propose une mise en scène tout sauf en accord avec la libération de la parole, mais plutôt une mise en scène épileptique qui propose une réalisation fade et composée de plans aléatoires, qui n’ont aucune représentation iconographique. Là où on attend d’un film avec un tel sujet qu’il soit émouvant, l’émotion est totalement absente comme s’il ne restait plus qu’un fond sans la forme.

On passe tout de même un moment divertissant grâce aux trois actrices : Nicole Kidman, Margot Robbie et Charlize Theron qui portent le film à elles seules. Là où Once Upon a Time in Hollywood parvenait à mêler parfaitement et avec sensibilité la fiction et la réalité à la fin de son long-métrage, la partie fictive de Scandale avec le personnage (fictif) joué par Margot Robbie sent l’imposture, comme si l’on pouvait percevoir qu’elle ne fait pas vraiment partie de l’histoire mais plutôt pour soutenir maladroitement l’ambiance de droite du lieu de travail (grâce à son amie lesbienne).

Si le film nous permet d’en savoir plus sur une affaire mal médiatisée en France et pourtant marquante d’une ère importante sur la libération de la parole, il ne parvient jamais à marier la mise en scène fade à la narration douteuse, laissant les trois actrices porter à elles seules un film qui aurait mérité mieux.

 

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