Once Upon a Time… In Hollywood : il était une fois le cinéma de Quentin Tarantino

Once Upon a Time… in Hollywood est un conte de fée Tarantinesque où fiction et réalité se côtoient avec respect. Il fait ce qu’il sait faire tout en se réinventant.

Sélectionné au dernier moment en compétition officielle au Festival de Cannes 2019, Quentin Tarantino a fait l’évènement lors de cette 72e édition avec cette énorme file d’attente qui ne laissait la place qu’à de très chanceux fans de voir son 9e long-métrage Once Upon a Time… in Hollywood. 2 mois ont passé depuis, le film sortira enfin en salles le 14 août avec quelques modifications depuis sa projection à La Croisette et… Quel bonheur de retrouver le cinéaste après The Hateful Eight (2015). L’action se déroule en 1969 à Hollywood où la star Rick Dalton & son cascadeur Cliff Booth vivent un déclin, vivant à côté d’une star montante du nom de Sharon Tate et de son mari Roman Polanski…

Quentin Tarantino rime plus que jamais avec virtuose dans un film où il déroule ce qu’il sait faire avec une facilité étonnante, et une efficacité immédiate. Virtuose dans sa reconstitution de l’époque où le Hollywood Boulevard, les tenues, les voitures semblent provenir d’un autre monde, et la bande-son composée de chansons pop-rock des années 60 rend le tout encore plus crédible. De 2019 à 1969, il n’y a qu’un regard. Dès sa première scène, nous quittons notre fauteuil pour atterrir dans le passé au coeur de la carrière professionnelle de nos protagonistes, Rick Dalton et Cliff Booth. On a cette impression de les connaitre depuis toujours et on s’y attache. Once Upon a Time… in Hollywood est un film sur le cinéma, sa puissance créative, la manière de l’appréhender en étant acteur et actrice, la cruauté et l’éphémère derrière son aspect intemporel. Et c’est à travers le métier d’acteur qu’évolue le récit avec de nombreuses scènes informatives sur l’époque tel un documentaire. Les personnages de Rick Dalton et Cliff Booth sont fictifs et il faudrait presque faire des recherches pour s’en rendre compte tant ils semblent appartenir à la réalité de l’époque dépeinte par Quentin Tarantino.

La mise en scène est hétéroclite et les genres continuent d’affluer plus l’on avance dans le récit : on passe des tournages aux anecdotes, des scènes tournées à l’avancée narrative… Et le film bénéficie d’un aboutissement fracassant de la narration qui déroule les intrigues avec une fluidité étourdissante. Sharon Tate est la voisine de Rick Dalton mais ce n’est pas un raccourci scénaristique pour mieux passer d’un personnage à un autre. Quentin Tarantino a un fétichisme prononcé pour les pieds, tout le monde le sait, mais il n’aura jamais été aussi fort que dans ce film (notamment Margot Robbie et Margaret Qualley). Les plans qui partent des pieds sont très nombreux (ça tombe bien et ce n’est pas simplement pour assouvir ses fantasmes puisque c’est un procédé de mise en scène des westerns).

Le film développe dans son segment central une idée ingénieuse de la part de Quentin Tarantino en mettant en scène en parallèle un double-western. Rick Dalton en tourne un, Cliff Booth se retrouve dans le ranch de la famille Manson. Et c’est là où la subtilité de son cinéma s’impose comme une qualité majeure. A travers ce parallèle, il dit que l’acteur qui semble has-been est un héros aux yeux du spectateur (Cliff Booth représentant sa doublure). Il pourrait en même temps signifier les peurs de Quentin Tarantino de mettre fin à sa carrière (rappelons-le, il devrait raccrocher les crampons à son 10e long-métrage) et quoi de plus frustrant après 9 films que sans cesse se remettre en question et vivre à une époque où le cinéma évolue constamment? C’est un cinéaste has-been qui ne cesse de se renouveler malgré les nouveaux arrivants, et c’est dans cette réflexion qu’il parvient à rendre ce duo bouleversant. Leonardo DiCaprio livre une performance magistrale et Brad Pitt joue à merveille cet acteur qu’on ne peut cerner mais qui nous fascine par son étrangeté (son personnage est inspiré d’un cascadeur qui semblait avoir cette réputation d’homme invincible et inquiétant). Margot Robbie est hypnotisante et parvient à faire vivre Sharon Tate avec très peu de dialogues, ce qui est significatif du talent qu’elle a (après avoir tourné avec Martin Scorsese et Quentin Tarantino, on n’en doute pas).

Once Upon a Time… in Hollywood possède la dernière demi-heure la plus réussie du cinéma de Quentin Tarantino mais également la plus inattendue. Il a souhaité que rien ne soit dévoilé dessus (et on le comprend) alors nous ne dévoilerons aucunes informations sur l’intrigue. Mais il procure des émotions inédites qu’on ne pensait jamais ressentir dans l’un de ces films : qui a déjà eu peur de voir un massacre ? La violence a toujours été jouissive dans son cinéma et il parvient ici à se renouveler en nous proposant une fin bouleversante, déprimante et profondément réussie.

Once Upon a Time… in Hollywood est une grande oeuvre de Quentin Tarantino qui prouve encore une fois qu’il est capable de prendre à revers le spectateur, le prenant par les bras, le regardant dans les yeux, et lui transmettant le pouvoir magique que possède le cinéma. Lui prouvant en même temps que sa cinéphilie n’est pas un simple moyen de référencer ses connaissances mais également un moyen de nous transmettre sa vision du cinéma. Un cinéma intelligent, percutant, et maîtrisé qui imbrique 2 personnages fictifs dans le passé en le réécrivant.

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