Nevada : un milieu carcéral à cheval

Nevada est convaincant tout comme il est troublant par sa maitrise des émotions.

Les films en milieu carcéral sont nombreux et pourtant très peu d’entre eux sont réellement réussis. Le second long-métrage de Laure de Clermont-Tonnerre est convaincant et s’intéresse avec brio aux réinsertions pénitenciers par le biais des dressages des mustangs (chevaux sauvages). Dans une prison du Nevada, Roman intègre une réhabilitation sociale extérieure.

Le dressage de chevaux est un sujet qui a déjà été abordé au cinéma (Lean on Pete il y a 1 an) mais le milieu carcéral n’a d’après nous jamais été entrecroisé de cette manière. Nevada nous plonge directement dans la prison et dans le personnage principal que l’on suivra jusqu’à la fin. Certains films proposent une première partie où on découvre la raison pour laquelle il se retrouve en prison. Ici, il s’agit de nous proposer des bribes d’explications au fur et à mesure pour avoir un portrait complet du personnage à la fin. Là où l’efficacité est à son maximum, c’est dans son évocation des sentiments. Il est parfois compliqué de s’identifier à un personnage dans le milieu carcéral, et le film propose 2 points d’appuis afin d’éradiquer cette contre empathie.

Son premier point d’appui est cette jeune femme qui lui rend visite de temps à autre. En plus de nous en apprendre plus sur Roman et son passé, le spectateur est touché par la relation qu’ils ont. Le second point d’appui, plus central au film, sont les chevaux ou plutôt son cheval attitré. Même si les humains sont détestables, les animaux restent attachants, alors son cheval joue le rôle de déclencheur émotionnel et efface littéralement la vision négative de la raison pour laquelle les personnages se sont retrouvés en prison. Ils ne sont plus que des dresseurs, des hommes tentant de faire qu’un avec un cheval. Nevada propose des scènes de dressages impressionnantes (probablement parce qu’elles sont réelles), et le mixage-son accentue les bruits liés aux chevaux, les rendant plus agressifs et plus difficiles à appréhender.

Matthias Schoenaerts est impeccable, il possède une scène d’explosion émotionnelle déchirante et bouleversante. En plus d’avoir appris à monter à cheval et à dresser un cheval sauvage (qui n’a jamais été touché par un homme), il livre un message sur la condition humaine par son personnage qui ne parle pas beaucoup mais qui en dit énormément par son regard et ses actions, c’est cette incapacité et cette incommunicabilité qui le rend incroyable.

Nevada est un film qui met en avant une thématique urgente en la couplant avec une autre, les mustangs et la réhabilitation carcérale. Un film poignant, émouvant et intimiste. 

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