Meurs, Monstre, Meurs : Chili con Lovecraft

Présenté en 2018 lors de la sélection Un Certain Regard de Cannes, tout comme l’excellent Border, Meurs, Monstre, Meurs, ou comme nous l’appellerons ici MMM, s’est fait attendre plus d’un an avant d’arriver dans nos salles obscures. Obscure est approprié tant l’œuvre d’Alejandro Fadel n’a rien laissait transparaître de la folie vicieuse que l’on s’apprêtait à vivre au cœur des montagnes chiliennes. Sérial killer, enquête lovecraftienne et créature phallique vous attendent dans les entrailles de la Cordillère des Andes.

Lorsque le corps de la jeune Francisca est retrouvé sans tête, violé et éviscéré au cœur de ses champs fruitiers, la police ne cherche pas longtemps pour accuser le mari. Fou, vivant dans une léthargie profonde et répétant en boucle un mantra obscur : « Meurs, Monstre, Meurs ». Seul Cruz, amant de Francisca, cherche une autre voie et arpente les chemins de la folie pour trouver le véritable tueur. Imposant un rythme lent et exigeant, Alejandro Fadel cherche à nous perdre dans les méandres de la folie. Un étirement qui peut paraître soporifique mais s’il y a bien quelque chose que Fadel cherche à endormir, c’est notre psyché. Cette approche ouvre les portes de l’horreur lovecraftienne, celle qui se tapie dans nos chairs, notre esprit, celle que l’on repousse et que l’on refuse de regarder malgré les murmures incessants qu’elle porte à nos oreilles. « Meurs, Montre, Meurs » nous dit-elle. Les mots et les rumeurs se répètent, nous hantent, nous font voir des choses et nous préparent à une transformation de nos corps. La lutte entre deux identités, la lutte de deux esprits qui ne peuvent vivre ensemble. MMM présente la folie comme un virus qui se propage. Un virus que notre corps cherche à évacuer par tous les moyens. Mais le monstre attend et il n’a aucun répit dans sa quête de domination sur l’esprit. « Meurs, Monstre, Meurs » nous dit-elle.

L’homme est un animal pour l’homme. Trouvant des phobies aux phobies, s’imposant des cachets pour éviter d’éprouver la vérité, là où les femmes l’acceptent et décident de l’affronter sachant parfaitement ce qu’elles y trouveront. Ce sont bien les hommes le mal de cette terre. Dans MMM, les femmes sont victimes de cette dominance phallique, comme prises en tenailles. Réduites au silence, elles n’auront que peu de mots et de présence à l’écran si ce n’est en tant que cadavres. L’une des premières images du film montre une allégorie vaginale, une femme coincé entre deux montagnes. La comparaison trouve sa résurgence dans un plan sublime de Francisca coincée entre les deux hommes qu’elle aime. Dans ce pick-up, on voit apparaître un triangle parfait dans le pare-brise, elle est la vallée perdue entre deux montagnes. Avant d’en perdre la tête.

Alejandro Fadel ne fait pas que murmurer le mal dans nos oreilles en posant la longueur de son silence. Il essaye aussi d’hypnotiser nos yeux par sa sublime mise en scène. Le travail de la lumière et de la photographie du duo Apezteguia/Rebella est exceptionnel. D’une fumée de pot d’échappement est créée une forme monstrueuse et tétanisante. Une averse nous plonge dans un sentiment de claustrophobie. Graphique, MMM cherche du coté du body horror pour transporter dans son ambiance malfaisante et obséquieuse. Sommet du grand-guignol gore et du grotesque horrifique, les cinq dernières minutes font partie des plus dérangeantes expériences vécues en salle par l’auteur de ses lignes. Notre rétine est marquée, notre corps capturé et nos sens emprisonnés.

Meurs, Monstre, Meurs est un récit lovecraftien, au cœur de la Cordillère des Andes, esthétiquement hallucinant avec une photographie, une lumière et une mise en scène sublimes. Alejandro Fadel joue de la lenteur pour endormir nos sens. Il impose le silence pour murmurer à nos oreilles et permettre au mal de s’implanter dans nos esprits. Un mal viscéral, ancré dans la terre comme dans la chair. Tel un virus parcourant les veines et le cœur des hommes pour les transformer en ce qu’ils sont. Exigeant autant dans le fond que dans sa forme, MMM est une expérience qui divise et dont peu sortiront indemnes.

«Meurs, Monstre, Meurs » nous dit-elle.

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