Mektoub my love intermezzo : « Mektoub, my unfortunately love »

Pourquoi ? Pourquoi Abdellatif Kechiche a-t-il fait ça ? Pourquoi avoir détruit une histoire qui avait si bien débuté ? Présenté à Cannes le jeudi 23 mai, le nouveau (très) long-métrage du réalisateur franco-tunisien a secoué la Croisette par les épaules générant une vague de haine envers ce film de 3 heures et 38 minutes. Alors, toutes ces réactions sont-elles justifiées ? Complètement.

L’année dernière, Abdellatif Kechiche avait séduit un grand nombre de cinéphile avec Mektoub my love : canto uno. L’histoire, c’est celle d’Amin (Shaïn Boumedine), la vingtaine, qui retourne le temps d’un été à Sète, ville de sa jeunesse, pour profiter quelques mois avec sa bande d’amis. Ce premier volet était très intéressant car il présentait justement les sujets du récit en les faisant évoluer dans des situations et des lieux qui généraient une certaine passion. On imaginait donc une suite sur le même tempo, la même volonté de mise en scène. Sauf que Mektoub deuxième du nom est l’opposé complet du prologue. Tout ce qui avait fait le charme du premier chapitre s’est envolé au Festival de Cannes. Cette suite intègre un nouveau personnage à l’histoire, Marie, qui rejoint ce groupe d’amis. À part cela, le synopsis reste similaire. La seule chose à retenir de Mektoub my love : intermezzo ? Que rien n’est bien dans ce film, rien.

Pourtant, Abdellatif Kechiche nous tenait la main durant les 40 premières minutes en gardant le même style de séquences. Un pique-nique sur la plage ravive des souvenirs des amoureux de Canto Uno. On pense alors passer 3h38 avec des étoiles plein les yeux et comprendre que cette sélection officielle confirme le retour de Kechiche dans le paysage cinématographique. Il aurait été difficile de prédire la suite de cette introduction, mais impossible de penser à 2h45 en boîte de nuit. Le Grand Théâtre des Lumières est devenu le temps d’un instant, une discothèque géante. À partir de ce moment-là, une vingtaine de minutes de dialogue seulement pour deux heures de fesses qui se secouent devant la caméra. Plus aucun récit n’est offert aux spectateurs qui quittent la salle toutes les trois minutes. Le scénario est aussi vide qu’un film de Noël sur TF1 l’après-midi. C’est le vide complet. Il est difficile d’écrire sur Intermezzo tant sa qualité est à vomir. Pour beaucoup, c’était la pire séance de cinéma de leur vie. Et puis, c’était sans compter sur ce qui fait la marque de fabrique du réalisateur : la scène de sexe.

Climax de cette soirée interminable ? La fameuse scène polémique de 14 minutes où l’actrice Ophélie Bau se met en scène dans un cunnilingus non simulé, et non dissimulé. Les plans donnent la nausée. La séquence est beaucoup trop longue. Bien évidemment, les festivaliers continuent de quitter la salle, et certains en sifflant. Il faut tout de même féliciter les actrices et acteurs qui tiennent à bout de bras un film catastrophique qui, pour la plupart, était leur première expérience sur le grand écran. Malheureusement, cela ne rattrape pas le fait que 2000 personnes ont assisté à un extrait de film pornographique en pleine Sélection officielle. Lorsqu’on quitte la piste de danse pour à nouveau découvrir une paire de fesses à l’écran, un grand « ouf ! » de soulagement se fait ressentir de la salle. Quelques instants après, le générique défile. Les lumières se rallument. Ophélie Bau n’est plus là, Kechiche s’excuse et fuit. Pour le spectateur, un doliprane s’impose car une gueule de bois s’installe sans avoir consommé un seul alcool.

Mektoub, qui signifie « destin » en arabe, en avait un très beau devant lui. Il aurait pu s’inscrire dans la durée avec plusieurs chapitres mais Monsieur Kechiche et son égo surdimensionné n’ont pas apprécié les critiques de Canto Uno et ont décidé de faire un film encore plus « trash ». Le réalisateur a déchiré les pages de son histoire avec rage pour écrire une suite sans encre mais avec une pointe aiguisée afin de diviser la Croisette. La vulgarité, le sexisme et la saleté n’ont rien à faire à Cannes. Avoir vendu sa Palme d’Or pour financer cette suite était une bien belle erreur Monsieur Kechiche.

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