Lucky Strike : La couleur de l’argent

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CinéVerse a eu la chance de voir pour vous en avant-première Lucky Strike, premier film de son réalisateur Kim Yong-hoon, un thriller coréen où se mêlent plusieurs personnages avec un gros sac de 50 000 Won comme enjeu, mais aussi comme jeu : celui du chat et de la souris. Dans ce monde où l’argent pervertit les Hommes et les amène à se chasser entre eux, qui survivra et remportera la mise ?

Lucky Strike

Pour son premier long-métrage, Yong-hoon s’inspire d’un roman japonais en le situant dans la Corée moderne où huit personnages aux destins liés se retrouvent impliqués dans la récupération d’un sac d’argent qui leur permettrait d’échapper à leur condition sociale, ou bien tout simplement car ils le méritent selon eux. En résulte un film choral parfois imprévisible dans lequel temporalité, importance superflue des personnages et destin cruel viennent sans cesse donner à l’œuvre un caractère singulier surprenant, alors même qu’il ne fait que reprendre, à l’origine, les codes du genre. Si l’on peut parfois sembler perdu dans la relation entre certains personnages (et ce qui les caractérise) ou décontenancé par la progression de l’histoire, Lucky Strike s’avère finalement être un film plutôt honnête et à l’ambition respectable. Nous pourrions d’ailleurs saluer la mise en scène travaillée ainsi que la photographie et les décors conférant au métrage une ambiance quelque peu crasseuse dans laquelle l’on ressent perpétuellement un sentiment d’insécurité et où la mort et le danger peuvent toujours nous rattraper.

Le film arrive généralement bien à gérer son rythme et se concentrer sur ce qui est utile à l’histoire ou aux personnages. Cela est notamment aidé par le fait que l’œuvre se trouve divisée en plusieurs chapitres, qui permettent donc de laisser au spectateur un cheminement progressif de la compréhension du récit quant à son rapport à la temporalité, tout en créant un effet rythmique au montage et en gardant un lien avec la littérature. Les nombreux personnages du récit sont quant à eux tous très dissociables, uniques et diversifiés, et forment tous un groupe de gens de tous milieux cherchant à échapper à leur condition sociale. Cela va du simple employé de sauna voulant subvenir aux besoins de sa famille, au fonctionnaire d’immigration tentant de rembourser une dette, en passant par une femme battue voulant fuir sa triste vie, une patronne de bar d’apparence gentille mais en réalité dangereuse et vile, ou bien un chef de mafia cherchant à récupérer ce qu’on lui doit.

Cela crée donc tout un microcosme social dans lequel s’entrecroisent nos protagonistes, liés entre eux par le destin, mais sans jamais que l’on sache (et eux non plus) de quoi leur avenir sera fait. Le réalisateur affirme lui-même : « Grâce à une structure modernisée et en réutilisant les marqueurs du genre, j’ai souhaité transmettre le message que, bien que ces histoires individuelles puissent sembler toutes différentes, elles étaient inextricablement liées entre elles comme par le destin ». Nous retrouvons cette idée jusque dans le titre du film, Lucky Strike (littéralement « frappe chanceuse »), à l’origine une marque de cigarette célèbre qui a une importance toute particulière mais pourtant minime dans le film, par le biais d’un des personnages. Peut-être qu’en réalité, la chance n’a rien à voir là-dedans… Mentionnons également la place faite à la femme dans le film, notamment avec la figure de la « femme fatale » qui se retrouve ici détournée pour au final être celle qui contrôle tout cet univers généralement masculin. Assez plaisant et surprenant à voir.

En conclusion, Lucky Strike est un plutôt bon premier film qui tente de jouer avec les codes et le public tout en sachant rester un thriller (teinté de touches de comédie) en soit classique mais efficace. S’il n’est pas dénué de défauts, notamment dans son histoire tout de même prévisible, son classicisme faussement mais assez intelligemment caché par son jeu de temporalité ou ses quelques maladresses, il reste un long-métrage plaisant. Nous avons donc hâte de voir le chemin que parcourra Kim Yong-hoon et attendons son prochain film d’un œil curieux et confiant.

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