Les Siffleurs : La maitrise avant tout

Parler du cinéma roumain sans évoquer son leader est impossible. Les Siffleurs de Corneliu Porumboiu est un film doté d’une maitrise de la mise en scène incroyable, mais la maitrise n’est pas forcément synonyme de réussite…

Après un documentaire sur le football, le maître du cinéma roumain (avec Lucian Pintilie) s’attaque à un film policier. Il fait son grand retour dans la sélection officielle. Un inspecteur de police du nom de Cristi se rend sur l’île de La Gomera pour apprendre le langage sifflé (le silbo). Synopsis absurde pour un film, mais le mot que l’on retiendra le plus : la maîtrise malgré tout.

Les Siffleurs nous balade au coeur d’un film noir comparable à une forêt explorée de fonds en comble par un grand explorateur. Il est question de corruption, il s’agit de dénoncer le système policier roumain mais également de dépeindre des personnages puissants. Cristi est un policier corrompu et jouant dans les 2 camps, Gilda est une femme forte, la procureur est elle aussi imposante… Nous faisons alors face à des personnages qui ne révèlent aucune faiblesse. L’intrigue en est d’autant plus décuplée.

Presque un film musical, Les Siffleurs emploie l’Opera pour mettre en avant la grandeur de la musique et des personnages qui sont exposés par dessus. L’absurdité agréable et originale est liée à la maitrise des codes du film policier. C’est-à-dire que nous assistons à une histoire plutôt banale à première vue : un policier corrompu qui tente de s’en sortir dans les 2 camps. La nouveauté est l’exposition du langage sifflé pour communiquer à travers la mafia de manière discrète. On découvre alors l’apprentissage de ce langage mais aussi la manière dont il est utilisé à des fins illégales.

Même si le film est probablement une belle réussite visuelle (le travail sur la couleur est d’autant plus renforcé par le chapitrage, même si le rythme en prend un grade à chaque fois qu’il apparait) et une ambitieuse fresque policière, on a du mal à vraiment prendre de plaisir devant le film. C’est un sentiment assez vide qui se dégage du film si l’on exclue la belle conclusion et le dynamisme provenant de l’amour (assez ambigu) entre les 2 personnages et le sublime Gardens By The Bay à Singapour rythmé par les plus grands classiques de l’Opéra.

Les Siffleurs est un film maitrisé de bout en bout par ses fulgurances narratives et visuelles, mais lorsqu’il s’agit de plaisir du spectateur, il est plus difficile à appréhender. Maitriser la mise en scène est une chose, maitriser le spectateur est une autre.

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