Les Plus Belles Années d’une vie : Le temps d’un amour

“Les plus belles années d’une vie sont celles que l’on n’a pas encore vécues.”, disait Victor Hugo. Parler du passé au présent, c’est la volonté du film Les Plus Belles Années d’une vie.

Se rappeler du passé, c’est surtout le faire au présent. Et c’est cette conception de la vie qui est immortalisée par Claude Lelouch dans Les Plus Belles Années d’une vie, suite après plus de 50 ans d’Un homme et une femme (1966), ayant obtenu l’Oscar du meilleur film étranger la même année. A une époque ou les suites fusent de tout les côtés, celle-ci ne nécessite pas forcément un visionnage de son frère aîné pour le suivre et le comprendre. Mais il est tout de même préférable de l’avoir vu afin de mieux saisir dans son entièreté les enjeux émotionnels et de retrouver Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant. C’est l’histoire d’une vie, d’un amour passé mais mémorable, c’est l’histoire d’une femme qui retrouve un homme 50 ans plus tard.

On ne saurait décrire exactement les sentiments qui émanent du film, des émotions qui s’emparent de nous. Claude Lelouch est unique, tout comme son film. Souvent considéré comme étant un membre imitateur de la Nouvelle Vague et tourné vers un aspect plus commercial, il prouve à nouveau qu’il est un survivant de cet esprit si précieux et novateur qui a frappé le monde à partir des années 50. Lorsque le film commence, nous sommes tout de suite emportés par sa poésie. Lors d’une séance divertissante dans une maison de retraite, un plan large rétrécit jusqu’à s’approcher au plus près de Jean-Louis Duroc, déprimé et lassé de cette fin de vie monotone en survivant grâce aux précieux souvenirs d’une femme qu’il a aimé 50 ans plus tôt, Anne Gauthier. Le film part d’un postulat simple : se faire rencontrer deux amants qui se sont perdus de vue. Loin de suivre la continuité temporelle des Before (Sunrise, Midnight, Sunset), il s’agit ici de mettre en relation 2 personnages qui ne sont plus les mêmes, qui ont vécus et qui sont désormais vieux, proches de la mort mais aussi proches des questions existentielles sur leur vie.

Parler du passé au présent représente plus qu’un défi pour le réalisateur, il s’agit de faire jouer la nostalgie tout en mesurant l’impact de celui-ci sur ce qu’ils sont aujourd’hui. La narration est simple comme un chemin sans embûches mais la beauté du film résulte d’une poésie profonde liée aux dialogues et aux images. La scène qui lie les 2 personnages pour la première fois depuis longtemps est longue, composée uniquement de plans serrés dans un champ /contre-champ qui pourrait paraitre interminable. Mais ce sont les rides et les paroles qui sortent de la bouche des personnages qui nous intéressent vraiment. Jean-Louis Trintignant est charismatique et beau parleur (“tu es tombée amoureuse de moi mais je n’ai rien fait pour te relever”), Anouk Aimée toujours aussi belle et expressive à travers son regard éternel.

Il y a en effet dans ce film quelque chose à retenir des images. Elles sont parfois de mauvaises qualités (on ne comprend pas le changement de caméra pour quelques plans), parfois oniriques (des rêves filmés avec un dynamisme étonnant), et souvent très belles. De nombreuses séquences provenant d’Un homme et une femme sont incorporées au film, il y a des transparences d’images sur d’autres, une voix-off de dialogue du présent qui vient s’ajouter sur des images du passé, une longue séquence en voiture à Paris… Et surtout cette chanson de Calogéro qui résonne toujours comme un personnage à part entière. Nous sommes des êtres mélancoliques et destinés à mourir, la romance entre les 2 personnages nous fait également réfléchir à ce que nous serons à la fin de notre vie : nos échecs, nos regrets, mais également nos passions, nos amours…

Si Les Plus Belles Années d’une vie ne plaira pas à tous par son traitement de la narration (si vous n’aimez pas ce genre de films, fuyez-le), Claude Lelouch enchantera tout ceux qui recherchent une poésie à la vie. Ceux qui aiment, ceux qui regrettent, ceux qui vivent…

 

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