Les Filles du docteur March : il est temps de grandir

Le sur-adapté roman de Louisa May Alcott, Les Quatre Filles du Docteur March, se voit de nouveau transposé à l’écran, sous la caméra de la réalisatrice Greta Gerwig.

Deux ans après son premier film, Lady Bird, l’actrice, scénariste et maintenant réalisatrice Greta Gerwig revient donc avec Les Filles du docteur March, ou Little Women en version originale. Reprenant l’histoire des quatre jeunes sœurs de classe moyenne pendant la guerre de Sécession, le film se concentre avant tout sur une réflexion autour du passage à l’âge adulte, mais peine, malgré sa densité, à convaincre parfaitement.

La première chose qui frappe, lors du visionnage des Filles du docteur March, c’est la forte générosité du casting. On retrouve entre autres dans des rôles principaux Emma Watson, le très à la mode Timothée Chalamet, et, surtout, les géantes Laura Dern et Meryl Streep dans des rôles plus secondaires. On s’amusera également à reconnaitre le français Louis Garrel, et son accent tout aussi français. Et qui dit grand nombre d’acteurs et d’actrices dit grande densité dans les personnages. Là est l’une des principales réussites du métrage. Si le récit se concentre évidemment sur les quatre filles March, tous les protagonistes profitent en fait d’une caractérisation et d’un développement permettant au moins de rendre intelligibles leurs enjeux principaux. Certes, certains sont caricaturaux au possible, mais aucun ne fait office de figuration, et c’est déjà à souligner. Car mettre en scène, en deux heures, une dizaine de personnages atypiques, et ce, sur deux époques différentes, est assez remarquable pour être dit.

Cela dit, le principal intérêt du film se trouve davantage dans sa réflexion sur le temps, et plus particulièrement sur le passage à l’âge adulte, à l’image de la personnage principale, Joséphine, incarnée par Saoirse Ronan, et de sa peur de grandir. Rejet du mariage, pour elle et ses sœurs, et peur de voir sa situation lui échapper, « Jo » incarne un désir : celui de l’émancipation. Car grandir, pour une jeune femme de l’Amérique du XIXe, c’est surtout se voir réduire à sa condition féminine, celle d’épouse aimante et docile ; de ne pas faire de vague, et de rentrer dans un moule paradoxalement infantilisant. En alternant des scènes se déroulant dans deux temporalités différentes, une première avant le passage à l’âge adulte, une deuxième sept ans plus tard, la mise en scène de Greta Gerwig épouse le point de vue de son personnage. Elle joue sur un procédé plutôt simple mais assez efficace en travaillant sur la lumière et les couleurs de son image. Chaude et lumineuse pour l’enfance, la photographie devient terne et morne pour l’âge adulte. En faisant se répéter les situations et les lieux, le procédé en devient alors flagrant. Profondément optimiste, le film profite de son dernier tiers pour interroger son propos, et le nuancer grandement, avec, il faut reconnaître, un certain second degré bienvenu.

Pourtant, le film reste à bien des égards assez naïfs. On ne peut que louer sa grande sincérité, son divertissement, et même quelques jolis moments, mais il est difficile d’envisager de ne pas rapidement l’oublier…

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