Le Daim : Dupieux a un style de malade

Jubilatoire et brillamment mené, Le Daim se place sans aucun doute comme l’un des films les plus aboutis de Quentin Dupieux. Une plongée fascinante dans les névroses de l’homme portée par un Jean Dujardin en forme olympique.

Tout juste un an après le très bon Au Poste ! sorti en juillet 2018, Quentin Dupieux revient dans nos salles de cinéma avec sa dernière expérimentation. Si l’avant-dernier film du réalisateur semblait amorcer un changement de direction dans son univers, Le Daim ne perd en rien de cette folie inhérente aux projets de Dupieux, tout en confirmant la volonté de proposer quelque chose de différent à son public. Le pitch est simple : Georges, 44 ans, et son blouson 100% daim, ont un projet. C’est à peu près tout ce qu’il faut savoir sur Le Daim avant de le découvrir en salles, tant il est nécessaire de vivre ce film comme une petite expérience, Quentin Dupieux ayant pour habitude d’emmener ses histoires et ses personnages là où personne ne les attend.

Georges, brillamment interprété par Jean Dujardin, est un homme seul. Fraîchement divorcé de sa femme, il part se retrancher dans un village perdu au pied des montagnes pour se confronter avec sa solitude. C’est un homme qui se prend d’affection pour un blouson 100% daim à 7500 euros, vendu par un vieil homme du coin. Georges le répètera souvent, ce blouson lui donne un style de malade, et c’est tout ce qui lui reste désormais. Ainsi, Dupieux met en scène cet homme, qui tout en développant une attirance obsessionnelle pour son blouson en daim, sombre peu à peu dans une folie meurtrière. Quentin Dupieux le dit lui-même, Le Daim est un film sur l’homme et ses névroses. C’est donc tout naturellement que le film se concentre sur la solitude de ses personnages. Quand Georges se sent si seul qu’il en vient à donner vie à son blouson, il fait la rencontre de Denise (Adèle Haenel), une serveuse-monteuse tout aussi seule que lui qu’il va embarquer au cœur de ce fameux projet qui révélera toute l’ampleur de la folie des deux personnages.

Le Daim est à contre-courant de toutes les œuvres précédentes de Quentin Dupieux. Si une part d’absurde subsiste au sein même du grand projet de Georges, le propos du long-métrage est empreint d’un réalisme des plus frappants. A bas le no reason, il est temps de faire face à la réalité, à notre propre solitude, à nos névroses et à cette folie intérieure qui n’attend qu’un élément déclencheur pour se libérer. C’est par cet aspect que Le Daim est imprégné d’un réalisme si fort qu’il en devient effrayant.

Avec Le Daim, Quentin Dupieux signe sans aucun doute l’un de ses meilleurs films. On prend part à un délire psychotique aussi hilarant qu’inquiétant, porté par un Jean Dujardin excellent, dont certaines des répliques nous amènent à penser que Dupieux lui-même s’exprime à travers l’acteur. Comme pourrait le dire Georges, Le Daim, c’est un film au style de malade.

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