La Voie de la Justice : Modernité effrayante

Bryan Stevenson a un avenir radieux dans le droit après ses études à Harvard. Cependant, il décide de défendre les prisonniers condamnés à mort en Alabama. La Voie de la Justice est un film social et politique fort, nous faisant oublier sa mise en scène par son histoire.

Adapté de la biographie de Bryan Stevenson, La Voie de la Justice s’intéresse tout particulièrement à sa première affaire, l’affaire Walter McMillian qui a été condamné à mort pour le meurtre d’une femme blanche de 18 ans. Réalisé par Destin Daniel Cretton, il met en scène Michael B. Jordan, Jamie Foxx et Brie Larson.

Les films en milieu carcéral ont marqué l’histoire du cinéma. On retient des films comme La Ligne Verte, Les Evadés, Midnight Express… S’il y a bien un point commun qui rassemble ses films tous différents les uns que les autres, c’est bien l’injustice. Les films en milieu carcéral sont d’excellents révélateurs sociaux, et en disent long sur le fossé entre les conditions de vie des prisonniers et le pays dans lequel ils vivent, livrant des informations capitales sur des pays encensés pour les droits qu’ils défendent, tout en les bafouant de l’intérieur. La Voie de la Justice situe son action dans les années 80-90 dans l’Etat du sud d’Alabama. Un Etat bouleversé (comme une majorité de l’Amérique) après la Guerre de Sécession par l’opposition des blancs à l’ascension sociale des Noirs avec le Ku Klux Klan ou bien les lois Jim Crow (qui décrétaient la race et les droits attribués en fonction de celle-ci), l’Etat a connu le mouvement des droits civiques et le boycott des bus de Montgomery, il a fallu attendre 1964 pour que la ségrégation raciale soit abolie. Dans les faits, rien ne change vraiment par la suite puisque la population blanche continue de soutenir les candidats républicains (et sont aujourd’hui majoritaires). Un point culture important puisque les évènements se déroulent (uniquement) 20 ans après…

Récemment, la série When They See Us/Dans leur regard s’intéressait à une injustice (des jeunes noirs envoyés en prison pour un viol et un meurtre qu’ils n’ont pas commis), et La Voie de la Justice suit un peu le même modèle en alternant entre le film à procès et le film carcéral. Si le fond est passionnant et très fort émotionnellement, il n’en va pas de même pour la mise en scène du film qui ne parvient jamais à proposer des plans intéressants ou des séquences différentes de ce que l’on voit habituellement. Destin Daniel Cretton ne sort pas des sentiers battus, il ne prend aucune prise de risque et mise tout sur son histoire, qui est, à des niveaux, assez surprenante. Même si l’on suit en grande partie un condamné à mort emprisonné injustement, il existe d’autres personnages qui ont vraiment commis des crimes et qui sont dans le Couloir de la mort. Il n’y a qu’un message empathique qui découle du film : toute vie est précieuse et personne ne mérite de mourir. On pouvait s’attendre à s’attacher à certains d’entre eux, mais pas tous. Au final, on s’y attache vraiment puisqu’ils sont montrés avec leurs faiblesses, qui révèle une grande humanité.

Tout n’est pas parfait, il y a des facilités narratives évidentes et des tremplins un peu naïfs dans le dernier acte, mais cette séparation entre la population blanche et la population noire est forte, et les violences policières (qui sont aujourd’hui aussi nombreuses, même en France) montrent la peur exprimée au quotidien par des citoyens qui ne feraient pas de mal à une mouche mais qui pourraient tout de même se retrouver dans le Couloir de la mort, par « erreur ». Les décors et les costumes rendent le récit encore plus moderne, et livrent une critique exacerbée de la société. Michael B. Jordan et surtout Jamie Foxx procurent des performances humaines touchantes (sans oublier l’excellent Rob Morgan IV), soutenus par le rôle discret de Brie Larson qui permet de nuancer la généralité blancs versus noirs.

La Voie de la Justice est un film poignant et politique malgré sa mise en scène banale. On n’attend rien de lui, et pourtant, on passe un bon moment devant ce film d’une modernité effrayante malgré sa contextualisation dans les années 80. Les acteurs sont toujours justes, et les émotions sincères…

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