Koko-Di Koko-Da: Se réveiller n’est pas si aisé.

Ce fabuleux film est un mélange entre Happy Birthdead et Cours Lola Cours, avec une énorme touche plus sombre en plus.

Dans ce film bien plus qu’atypique nous est retracé la vie du couple d’Elin et Tobias. Ayant perdus leur fille depuis peu, leur couple ne s’en remet pas et ils décident donc de partir camper pour espérer resserrer leurs liens et retrouver leur complicité. Cependant les fantômes de leur passé ressurgissent afin de les entrainer dans une boucle de l’espace-temps dont il leur sera impossible de s’en défaire. Johannes Nyholm a créé pour ses spectateurs un véritable cauchemar devenant progressivement de plus en plus angoissant, au plus grand plaisir des amateurs du genre.

La perte d’un être cher est une épreuve dure à supporter pour chacun, mais si seulement le supplice s’arrêtait là. Le scénario retranscrit ici est malheureusement souvent réel pour bon nombre de couples avec qui la vie n’est pas douce, qui finissent avec le temps, par s’éloigner, ne plus se toucher ou bien même se parler. Bien plus qu’un cauchemar qui se répète, Koko-Di Koko-Da nous parle de l’évolution de cette relation. Il ne nous est pas montré comment les personnages interprétés par Leif Edlund et Ylva Gallon ont fait leur deuil et comment cela a changé leur histoire car l’attitude et les hésitations de Tobias lorsque les trois étrangers arrivent nous le montre bien: Doit-il sauver sa femme en tuant les malfaiteurs ? Doit-il ne rien faire ? Est-il obligé de partir seul ? Est-ce qu’ils sont tenus de s’enfuir à deux ? Son hésitation à donner sa vie pour sauver ce en quoi il ne croit plus nous en apprend beaucoup.

Ce cauchemar représentant 90% du film se révèle particulièrement stressant, sans laisser de répit aussi bien aux protagonistes qu’aux spectateurs, spécifiquement aux claustrophobes car, paradoxalement à ce que l’on pourrait penser puisque le film se déroule dans une forêt, le fait qu’il est impossible d’en sortir vivant donne le réel sentiment d’être oppressé. Cette intuition est à l’image de la relation du couple: une incapacité de s’échapper puisque les amants finissent par se retrouver toujours au même endroit, dans la tente. Le réalisateur Johannes Nyholm a pensé à tout pour que des éléments en tout genre s’ajoutent à ce palmarès: la lumière spécialement choisie durant ce que l’on appelle « l’heure du loup » (sans vouloir faire une référence à Ingmar Bergman), la façon dont l’ensemble du film est construit, commençant de façon réaliste pour finir de plus en plus inquiétant, ainsi que la musique, leitmotiv donnant son titre au film.

Stylistiquement, le film est beau. A deux reprises il nous est donné l’occasion d’observer un jeu d’ombres chinoises contant l’histoire de cette famille donnant toute la poésie que contient Koko-Di Koko-Da. Ces passages d’une beauté admirable permettent d’atténuer la cruauté des moments précédents, même si cela n’est pas toujours suffisant. L’utilisation de nombreux animaux à de multiples reprises peut nous faire penser que ce film pourrait s’apparier à un conte, ce qu’a confirmé Johannes Nyholms. Ce choix se révèle finalement très logique puisqu’il permet de représenter le côté instinctif de l’homme, qui est ici obligé d’agir dans la précipitation, sans pouvoir réellement réfléchir.

Koko-Di Koko-Da se manifeste être un film très psychologique ouvert à de nombreuses interprétation. Abordant une fin ouverte dont l’explication ne peut être que hypothétique, ce film se montre mystérieux plus d’une fois. Notamment un des plus grand mystère est: qui sont les trois personnages terrifiants venant hanter nos protagonistes ? Apparaissant dès le début sur la boite à musique offerte à la jeune fille par ses parents, les réponses sont variées. Dans tous les cas, l’histoire étant celle d’un rêve (ou plutôt d’un cauchemar), elle ne permet pas aux spectateurs de prévoir ce qu’il va se passer.

Ce film mérite d’être vu, que le public se déplace au cinéma pour le voir car il est réellement travaillé, que ce soit au niveau du scénario, de la forme, ou bien même du jeu d’acteur répétitif mais pourtant toujours aussi fort. Il est très probable qu’il soit malheureusement peu accessible au grand public, puisqu’il est nécessite beaucoup de réflexion derrière, même si Koko-Di Koko-Da a le pouvoir de capter instantanément l’attention des spectateurs. Dans tous les cas ça ne peut qu’être une bonne expérience, enrichissante ou non en fonction de la sensibilité de chacun, mais en aucun cas une mauvaise aventure.

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