Ip Man 4 : Everybody was Kung-fu Fighting

Après trois premiers opus sortis uniquement en VOD sur nos latitudes, le dernier volet de la saga d’arts martiaux chinois nous offre le privilège d’une sortie au cinéma. Avec Ip Man 4 : le dernier combat, le réalisateur Wilson Yip clôt sa série à succès sans changer une recette qui gagne ; pour le meilleur et pour le pire.

Donnie Yen fait son retour dans le costume de Ip Man qui l’a rendu célèbre mondialement, pour une ultime fois. Si le grand maitre du wing chun Yip Kai-man a réellement existé (il fut notamment le professeur de Bruce Lee) la série de films en son honneur a souvent pris des libertés dans le récit de ses exploits. Mais cela plait : au box-office chinois, Ip Man 4 a battu à plate couture Star Wars 9, récoltant quatre fois plus d’entrées que la franchise américaine.

Ip Man 4 CinéVerse

Ip Man s’est internationalisé au fil des opus. L’arc scénaristique initial a quitté la tradition pour la modernité, le sol chinois pour les contrées étrangères. Une fois encore, dans Ip Man 4, le scénario est un prétexte pour confronter l’identité chinoise à ses rivaux historiques. Après avoir affonté les puissances coloniales anglaises et japonaises dans les précédents films, Ip Man combat cette fois aux Etats-Unis. Sur le continent américain, il va rencontrer une dernière fois Bruce Lee (Danny Chan, bluffant de mimétisme), prouver la valeur du kung-fu face au karaté, et défendre l’honneur chinois face au racisme étasunien. Rien que ça.

Les films Ip Man n’ont jamais brillé par la subtilité de leurs ennemis et adversaires, volontiers caricaturaux et stéréotypés. Mais dans cette quatrième itération, un cran supplémentaire est franchi. Serait-ce une réponse à la politique étrangère du président Donald Trump, très offensive face aux intérêts chinois ? Ip Man 4 se meut en film de propagande pro-régime, où tous les américains sont dépeints comme grossiers, tricheurs, arrogants, corrompus, racistes… liste non exhaustive. C’est une vision sino-centrée de l’Amérique, qui, si elle ne brille pas par sa hauteur de vue, montre toutefois que le paradigme hollywoodien a changé. Le cinéma de Pékin n’hésite plus à attaquer frontalement l’imagerie américaine, et le pauvre Scott Adkins en est réduit à jouer un militaire monolithique et sans nuance.

Ip Man 4 CinéVerse

La toute-puissance du nouveau soft power cinématographique chinois est ici illustrée : d’abord, ce n’est rien de moins que le San Francisco des années 60 qui est reconstitué en studios. Si les CGI sont criardes, ce Chinatown d’opérette fait illusion. Ensuite, face à l’individualisme occidental (ou prétendu tel), le modèle chinois est valorisé : solidarité collective, respect des ainés, réaction face à l’affront… sont ici les vertus cardinales défendues par le film.

Bien sûr, Ip Man 4 se gardera bien de raconter la vérité historique sur le régime de Pékin. Pas plus qu’il n’évoquera la censure du kung-fu, interdit jusqu’aux années 1970 en Chine. Une époque où cet art martial était considéré comme un vestige de l’ancien monde (de la féodalité, du taoïsme…), que le « grand bond en avant » communiste devait enjamber.

Le script du film récite sagement le roman national dicté par le régime, dans toute son ironie. Bruce Lee, première star mondiale chinoise, était le symbole d’un cinéma hongkongais en voie d’extinction depuis la rétrocession. Ip Man est un symbole du cinéma chinois continental, en plein essor.

Ip Man 4 CinéVerse

Pour que ce final se termine en apothéose, Yuen Woo-ping, le chorégraphe (entre autres) de Tigre et Dragon, Kill Bill, ou encore Matrix, a été recruté. Malgré une photo douteuse et une réalisation purement fonctionnelle, Ip Man 4 délivre ainsi une mise en scène des combats de haute volée. Les séquences d’affrontements sont spectaculaires, originales et enlevées, réglant par la même une histoire où tout se résout, forcément, à coup de poings et de pieds dans les gencives.

Les aficionados de films de combats seront comblés. Les amateurs de récits historiques, quant à eux, pourront retourner voir The Grandmaster de Wong Kar Wai, qui racontait avec davantage de subtilité la véritable histoire du maitre Ip Man. Le dernier combat, vraiment ?

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