I Smile Back: Le drame d’une vie

I Smile Back est un film se dévoilant presque comme un enchainement de petites scènes du quotidien dégradant l’image presque parfaite que renvoyait la famille Brooks, en particulier Laney, qui ne peut s’empêcher de constamment tomber dans l’autodestruction.

Dans cette confession dramatique on suit une mère de famille, Laney Brooks, aux apparences banales. On découvre en réalité dès le début du film son addiction pour les drogues, ne l’empêchant pas de faire son maximum pour tout cacher à sa famille aux apparences presque parfaites, composée également de son mari et ses deux jeunes enfants. Malgré les nombreuses ellipses qui composent ce film, il ne montre pas que les moments importants et marquants de sa vie mais aussi tout ce qu’il y a de plus insignifiant, afin de dessiner brillamment tout le mal-être de cette femme. Le réalisateur Adam Salky a réussi a créer un film captivant aux allures de Laney avec la drogue : quand on le commence on ne peut plus s’en détacher.

Le film commence sans aucune mise en conditions, le spectateur semble comme attraper le train en cours de route, train étant la vie de cette famille. Cependant cela ne pose aucun problème puisque le public arrive à rentrer immédiatement dedans de part une réalisation paraissant aux premiers abords simple, mais qui permet d’obtenir un côté très intimiste et naturel. Le fait que l’ensemble de cette production n’ait pas un rendu surfait capte d’autant plus le spectateur puisque finalement le film dans toute son entièreté se présente très sincère. I Smile Back n’est pas un film qui en rajoute et c’est quelque chose d’important étant donné le sujet abordé, et permet de dénoncer cette réalité sans artifice. I Smile Back résonne au fond assez comme Marriage Story (Noah Baumbach, 2019), mais sans fausse intrigue et avec beaucoup de dialogues superficiels en moins. Le tout avec une Sarah Silverman hypnotisante, le film ne peut être qu’une réussite.

Tout en étant centré sur la mère de famille, le film parvient à nous faire découvrir un panel de personnages impressionnant nous dépeignant pour tous une personnalité, une vie et des problèmes à part entière. Les actions véritablement imprévisibles de Laney Brooks permettent de toujours garder le spectateur en alerte, mais sont également menées de façon phénoménale, comme évoqué précédemment, par une actrice largement à la hauteur du défis qu’était ce rôle. En effet, l’essence même de I Smile Back sont les ressentis du personnage principal qui ne peut ici presque pas parler, se confier. Et c’est ici que Sarah Silverman est impressionnante puisqu’elle parvient, uniquement grâce à son regard, à faire sentir au spectateur aussi bien la dévastation de cette mère que le réel bonheur qu’elle éprouve lorsqu’elle est avec sa famille. Ce contraste rendra sans conteste le film bien plus ravageur.

I Smile Back révèle pratiquement l’entièreté de la personne qu’est Laney Brooks avec toute la complexité que cela représente en seulement 1h30. On y découvre une femme toujours traitée comme une enfant au point que tous les adultes autour d’elle refusent d’aborder en sa compagnie les sujets dits « importants », et qui finit donc par se comporter comme tel : une enfant. Malheureusement elle restera tout de même une enfant avec des problèmes d’adulte, et c’est quelque chose qui va se dégager de plus en plus dans l’atmosphère du film au cours de son avancement. Avancement d’ailleurs atypique puisqu’il ne suit pas une trame dramatique classique  maniéré avec des hauts, des bas et un climax. Ici I Smile Back est en constante graduation du début à la fin. Ce que vit cette mère de famille est objectivement de pire en pire, et c’est pour cela qu’elle essaie d’en parler, toujours un peu plus, puis finit par ne plus être capable de rien dire. Le silence traduit le plus grand mal être qu’elle puisse endurer.

Ainsi I Smile Back s’affirme comme un film « anti-amour ». Avec un personnage principal hédoniste, il est ici proclamé le besoin de ne pas souffrir coûte que coûte, d’où les addictions aux drogues et le besoin de repousser tout ceux auxquels cette mère de famille pourrait s’attacher. Ce besoin d’autodestruction est maladif et c’est pourquoi il est impossible d’avoir une vie « normale » dans ces conditions. Ce film nous le montre bien. Comme le dit si bien Laney, « Je ne vois pas pourquoi aimer quoi que ce soit. Il serait mieux de ne pas tomber amoureux, ne pas se marier, ne pas avoir d’enfants, ne pas agir comme si tout allait bien se terminer alors que c’est faux ».

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