Godzilla 2 Roi Des Monstres : King Of Monster Porn

En 2014, la Warner réactive les droits d’adapter en version américaine le roi des Kaiju-Eiga, Godzilla. Tentative mitigée tant le film de Gareth Edwards divise les spectateurs et les critiques, mais succès reconnu qui donnera des idées de Monsterverse au studio. Un Kong plus tard, Gareth Edwards renvoyé dans une galaxie lointaine (très lointaine), c’est à Michael Dougherty qu’échoue le droit de s’amuser avec les monstres géants. Tel un enfant jouant avec ses figurines, le co-scénariste de X2 nous sert un pur plaisir de divertissement assumé. Du monster porn jusqu’à l’excès.

En 1954 naissait Gojira, ou Godzilla en occident, sous l’œil d’Ishiro Honda et de la Toho. Allégorie de la violence nucléaire subie par les japonais de la main des USA, le film matriciel du Kaiju-Eiga fût très allégé au pays de l’Oncle Sam comme pour cacher les cendres de ses victimes sur le tapis de la censure. En 60 ans, et plus de 40 films, Gojira est devenu le roi de la pop culture au pays du soleil levant, logiquement les américains ont lorgné langoureusement devant cette licence. Après une tentative de réajustement de l’histoire où Godzilla devient un pauvre lézard irradié par les méchants français, un petit malin du nom de Gareth Edwards arrive pour adapter le Gojira à notre époque. Fidèle à l’original, le réalisateur de Monsters sert un Godzilla protecteur de la Terre et de son environnement et par circonstance fortuite sera un reflet de la tragédie de Fukushima. Un Captain Planète à écailles, raillé pour sa discrétion dans le film, qui réduit les hommes en simples spectateurs du déchaînement de la nature et des combats titanesques, renvoyant à la mythologie grecques pour la posture fataliste de la destinée humaine face au dieux. Une occidentalisation du récit réussie mais qui divise la critique malgré un joli succès en salle.

C’est dans ce contexte, avec le départ d’Edwards de la franchise, qu’arrive Michael Dougherty. Débutant dans la réalisation, malgré une présence à Hollywood depuis quelques années, l’auteur du sympathique Trick ‘r Treat doit avec Godzilla 2 pérenniser la franchise en confirmant ses points forts stylistiques et renforcer son drama humain. Malheureusement ce dernier est le point faible quasi létal de ce nouvel opus. Très générique dans son écriture, les humains servent de passe plat entre les scènes de destruction et d’affrontement entre titans. Dougherty et Zach Shields oublient donc une des données essentielles aux films de Kaiju-eiga, la tragédie humaine. Hormis les personnages déjà présents dans le précédent volet, on peine à s’émouvoir du sort des nouveaux venus. Vera Farmiga voit son rôle réduit à un personnage-fonction et la jeune Millie Bobby Brown est totalement inutile au récit. Seul Kyle Chandler, en héros prolétaire américain, semble tenir la route. Dougherty/Shields aurait pu s’inspirer de Shin-Godzilla, parfait exemple d’écriture pour ce genre de film. Sans oublier, malgré l’inaboutissement de la tentative, la volonté de Gareth Edwards de toujours montrer la destruction à échelle humaine. L’approche est tout autant grossière pour l’aspect écologique. L’idée d’un Godzilla rétablissant l’ordre naturel est pertinent, l’approche utilisée en devient presque nanardesque et peu assumée par la résolution de celle-ci. La partie nucléaire est notamment limite quant à son message délivré.

Il faut chercher l’intérêt du film de Michael Dougherty ailleurs. Ne pas en attendre un film réfléchi. Godzilla 2 est un monster-porn total qui amplifie chaque combat par la férocité de ces créatures. Aucun jeu d’échelle ou tentative de sur-interprétation de son récit, le film fait simple et s’amuse de ses jouets comme ferait un enfant de 8 ans sur son tapis Toys’r’Us. Il écrase tout sur son passage. Les combats sont titanesques et si la réalisation de ceux-ci est plutôt inégale, on s’amuse devant ce déchaînement de bruits et de fureur. Le plaisir enfantin dénote du grand film d’auteur de Gareth Edwards. Dougherty donne dans le pur divertissement où le spectacle prône devant tout le reste. Pour certains, l’ensemble semblera indigeste mais d’autres prendront un pied intégral. Dans ce gang-bang tentaculaire, Dougherty arrive, peut-être par accident, à mettre en opposition la sacralisation de ses Monstres face aux croyances de notre temps. On peut y percevoir une allégorie torchée du démon païen mais le soin apporté à la mythologie de ses créatures nous fait dire le contraire. Jouant sur la théorie de la terre-creuse et de légendes bien connus, la séquence des Ruines de Godzilla en est un parfait exemple. Une des séquences les plus réussie du film.

Godzilla 2: King Of The Monster est l’anti-thèse du film de Gareth Edwards, son Pandémonium. Très mal écrit, grossier dans son sous-texte, le film de Michael Dougherty est un spectacle abrutissant. Du pur divertissement assumé au plaisir primal. Des plans qui pètent la rétine, de l’action totale. Un plaisir qui prend le dessus sur tout le reste, un plaisir qu’on ne nommera même pas coupable.

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