Gloria Bell : Julianne Moore à la recherche d’une jeunesse perdue

Gloria Bell porte un message contradictoire et peine à réellement toucher le spectateur, malgré une belle tentative de créer un personnage avec du relief et de la profondeur.

Le film de Sebastián Lelio raconte l’histoire d’une quinquagénaire, Gloria (jouée par Julianne Moore), vivant à Los Angeles et faisant partie de la classe moyenne. Femme divorcée, elle vit pour elle et pour ses enfants, au son des vieux tubes des années 1970-1980. Gloria Bell semble donc, avant tout, la représentation d’une partie des femmes, celle qui essaie de simuler le bonheur dans une vie morose.

Ainsi, Gloria Bell repose énormément sur le développement de son personnage principal. Oscillant entre les différentes strates de son quotidien, Gloria représente à merveille la nostalgie se perdant parfois dans une volonté d’indépendance et d’aventure, toujours raccrochée à la réalité par ses obligations diverses. L’ambiance d’une autre époque est perpétuellement ressentie, parfois simplement inspirée par le personnage de Gloria, survivant dans son quotidien triste en chantant les mêmes chansons depuis des décennies, le seul réconfort qu’elle semble avoir trouvé. Son habitude d’aller en boîte de nuit, finissant généralement seule ou draguée par des hommes plus âgés qu’elle, métaphorise sa vie remplie de contradictions, cherchant à nouveau sa jeunesse, mais s’apercevant au fur et à mesure de son âge, comme si elle n’avait jamais été mise au courant de sa date de naissance.

Gloria Bell, même en ne racontant rien de particulier, dresse le tableau d’une vie qui effraie par son aspect terne et faussement joyeux. À la lumière des néons de la boîte de nuit, le spectateur ne peut que se rendre compte que l’avenir qu’il redoute est face à lui. C’est peut-être toute la puissance du film qui est ici dressée : la même ambivalence de la vie de Gloria se retrouve dans une mise en scène qui ne cesse d’opposer son fond et sa forme, une photo belle et lisse contrastant avec le malheur perceptible de la vie de la protagoniste. Le spectateur ne sait jamais que ressentir face au film, toujours tiraillé entre la volonté de quitter la salle pour reprendre sa vie en mains et ne jamais finir comme Gloria (et les quelques personnes pouvant lui ressembler), et la sensation étrange de voir une combativité dans le regard de Gloria, finissant par vouloir l’aider plus que la rejeter. Une vraie complicité naît entre le spectateur et le personnage principal, pouvant justifier l’incompréhension ou la colère ressentie vis-à-vis d’une femme qui cherche encore sa place, la solution pouvant paraître évidente aux yeux du spectateur, dépité de chaque nouvelle erreur de vie que commet le personnage.

Gloria Bell est un film dont on ne sait pas vraiment quoi penser. Si son récit est pur, honnête et véridique, il n’arrive pas à réellement émouvoir ou marquer le spectateur. Pourtant, il semble que là était l’objectif du film qui, par le rapprochement entre le personnage de Gloria et le spectateur, cherche alors à susciter quelques réactions larmoyantes de la part de ce dernier. Malgré un échec de ce côté-là, il s’avère que le film arrive largement à créer des interrogations, des doutes et des envies chez un spectateur qui restera dubitatif face à une vie intelligemment dépeinte et mettant en valeur le genre de personnes sur lequel le cinéma s’attarde peu, de manière touchante mais jamais marquante.

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