Bacurau : Entre dystopie et réalité

Sacré Prix du Jury au Festival de Cannes cette année, ex-aequo avec Les Misérables de Ladj Ly, Bacurau est un audacieux récit dystopique qui résonne plus que jamais dans la réalité politique du Brésil à l’avènement de l’ère Bolsonaro.

Les premières minutes de Bacurau nous plongent sans attendre au cœur de cette dualité entre dystopie et réalité. « D’ici quelques années… » indique ce carton d’ouverture qui a tout l’air d’un avertissement, nous renvoyant à la réalité de notre propre monde, un monde dans lequel un Brésil meurtri par une histoire politique intense et chaotique a succombé à l’appel de l’extrême-droite. Bacurau dresse le portrait d’un village du même nom, dans le Nord du Brésil, régi par une communauté marquée par la récente disparition de la matriarche Carmelita. Cette apparente quiétude qui règne en maître au sein du village de Bacurau va être rapidement troublée. La ville disparaît soudainement des cartes, tout en étant en proie à une série de massacres aussi sanglants qu’inexpliqués. Plus étrange encore, un ovni semble s’être invité dans le ciel de Bacurau, traquant sans relâche ses habitants. Empruntant les codes de genres allant du western au slasher, Bacurau s’avère être une véritable fable dystopique profondément ancrée dans une réalité politique glaçante et inévitable.

Le village de Bacurau a la particularité d’être une douce et délicieuse utopie. Chacun des membres de cette communauté est libre de s’y épanouir sans entrave ni jugement. Ici, la mort naturelle n’est pas pleurée, elle est comme célébrée. Les corps ne sont pas cachés, la sexualité est libre est magnifiée. Pas de classes sociales, pas de hiérarchie, une prostituée est l’égale d’un professeur et l’harmonie est reine. Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles forcent volontairement le trait afin d’intensifier l’impact de l’horreur à laquelle la communauté sera confrontée. C’est aussi tout le propos politique des deux réalisateurs qui s’en trouve renforcé. Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles s’emparent des thématiques qui jalonnent la nouvelle réalité politique brésilienne (la montée de l’extrême-droite, le climato-scepticisme, la xénophobie et l’ingérence des Etats-Unis, le traitement des populations indigènes…) mais aussi celles marquant profondément le pays depuis des décennies (les inégalités de richesse entre le Nord et le Sud), afin de donner corps à un récit devant lequel il est impossible de rester indifférent tant il résonne au cœur de notre actualité. Le scénario de Bacurau en devient d’une telle pertinence dans le contexte actuel que l’on serait tenté d’attribuer aux deux réalisateurs d’obscurs talents de divination.

Le film de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles marquera les esprits grâce à l’audace de son écriture et la force de sa mise en scène. Résolument politique et pertinemment brutale, Bacurau est sans aucun doute l’une des œuvres les plus importantes de cette décennie.

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