Abominable : mélodie réparatrice

Il faut être abominable pour enfermer et traquer des animaux, récupérer des attributs physiques et se les approprier, et c’est ce que dénonce en grande partie le film d’animation Abominable en prônant la liberté.

Produit par la Chine et les Etats-Unis, le film a pour tête une réalisatrice talentueuse que l’on a forcément déjà croisé autre part. Réalisatrice des Rebelles de la forêt, scénariste de Monstres et Cie, animatrice de Toy Story 1 et 2, Jill Culton façonne Abominable en mettant en avant la rencontre entre une petite fille du nom de Yi et un jeune Yeti pourchassé.

Après les thématiques touchantes des derniers films Dragons, le studio Dreamworks Animation est de retour pour montrer que les ressors émotionnels fonctionnent toujours aussi biens, malgré des facilités narratives et un scénario plutôt banal dans son ensemble. L’attachement aux différentes cultures et le respect qui en découle sont des priorités pour le studio, et c’est dans cette voie qu’ils continuent à se diriger. Après la culture nordique et les vikings, c’est au tour de la Chine d’intégrer cette aventure. Et c’est la symbiose entre l’intérêt pour les animaux et la manière d’intégrer la culture asiatique qui rend ce film réussi. Abominable est une ode à la liberté et à la famille. Si la première partie du film pose des bases culturelles liées à la présence maternelle et la grand-mère de Yi, la suite du film s’intéresse plutôt aux sentiments des personnages et à l’avancée à travers ce long périple. Nous sommes donc immédiatement plongés dans une ville connectée, lumineuse, quasiment représentée comme une barrière à l’indépendance (ce que l’on voit également avec la relation qu’elle subit avec sa mère et sa grand-mère) à contrario du milieu rural qui sera ensuite privilégié pour nous faire profiter des très beaux paysages et la nature majestueuse qui composent ce pays.

Le personnage du méchant qui collectionne des animaux représente à merveille la société actuelle qui épouse la consommation et le matérialisme, allant de la chose la plus banale aux conséquences les plus tragiques. Une scène montre avec intelligence cette stupidité de l’Homme : il voit un bel arbre, il s’émerveille devant, puis il demande à son équipe de le démolir et de le ramener chez lui. La manière d’exposer des parallèles entre la petite-fille et le Yeti posent des questions existentielles et inscrites dans un présent urgent. Le Yeti rêve d’un ailleurs, d’un monde où il peut vivre tel qu’il est censé vivre, au gré de sa volonté et avec ses compères. Yi, quant à elle, souffre d’une solitude maladive et cherche à accomplir le rêve de son père pour enfin faire son deuil. C’est cette aventure et cette forte empathie qu’elle éprouve envers lui qui provoquent en nous un attachement immédiat. En plus d’avoir de belles images, la bande-son de Rupert Gregson-Williams est tout simplement grandiose : de son air doux au violon aux chansons de Coldplay et Bebe Rexha, nous sommes bouleversés par ce mélange agréable entre l’image, le son et les dialogues.

Parce que nous avons tous en nous les clés de propager le bonheur, du don spectaculaire du Yeti à la virtuosité musicale de Yi, nous sommes les clés du futur, par nos moyens personnels et notre capacité à flotter sans être enchainés, à aimer sans contrainte et sans contraindre, à pleinement vivre jusqu’à effacer les revers de la société.

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