Adèle Haenel, on t’aime

En finalement très peu de temps, la fameuse actrice française s’est érigée en figure cinématographique politisée et engagée dans la lutte féministe (entre autres). Adèle Haenel qui, il y a peu, se levait et quittait la cérémonie des César en criant « La honte ! » ou « Vive la pédophilie ! ». Adèle Haenel qui, malgré ses détracteurs, continue d’arborer ses idées avec fierté, avec conviction. Alors oui, « On t’aime Adèle », bien sûr qu’on t’aime. On t’aime pour ton talent d’actrice, pour ta capacité remarquable à choisir des rôles uniques dans des films atypiques (récemment En Liberté !, Le Daim et bien sûr Portrait de la jeune fille en feu), mais surtout on t’aime pour ta force de caractère, on t’aime parce que malgré ta vie de star, ton talent, ton futur prometteur, malgré tout ça tu te lèves et tu cries « La honte ! ». Parce que tu signes avec la plus grande agence d’artistes d’Hollywood, mais que tu défends ce que nous, étudiants, jeunes, nous les sans pouvoir, les sans nom, nous ne pouvons pas dire. Bien sûr qu’on n’a pas le droit de parler face à des professionnels du cinéma, des grands, des respectés, qui affirment séparer l’homme de l’artiste, ceux qui nous font gentiment comprendre que l’on fait fausse route quand on s’offusque de voir Polanski se faire encenser. On t’aime Adèle parce que tu dis ce que beaucoup d’entre nous diraient si nous avions de la visibilité, ce que l’on dit bien sûr aujourd’hui, mais qui n’a pas l’impact de tes paroles. Merci de nous rappeler que devenir artiste n’est pas synonyme de reniement de ses opinions. Merci de nous ouvrir le passage vers un cinéma qui ne se tait pas, qui s’énerve et qui gueule. Merci de ne pas laisser pourrir le cinéma français dans son élitisme aveuglé par la gloire. En quelque sorte, merci de faire tâche dans ce cinéma français. Parce que oui, on t’aime pour ça, parce que tu n’es jamais rentrée dans les cases du politiquement correct, parce que ta nature combative a su révéler au grand jour que « l’élite » du cinéma français actuel n’avait pas de coeur, pas une once d’humanité. Cette élite qui célèbre à grands applaudissements le pédophile multi-récidiviste qu’est Polanski, cette même élite qui dit ne pas prendre parti… Mais comme tu l’as déjà si justement formulé, « Dépolitiser le réel, c’est le repolitiser au profit de l’oppresseur ». Alors face à tout ça, que reste-t-il de la conscience morale ? La réponse, c’est toi Adèle. Cette élite a trouvé sur son chemin un obstacle, et c’est toi. Toi qui a ouvert la voie aux femmes françaises (artistes ou non) pour leur permettre de parler, d’exprimer l’horreur qu’elles ont pu vivre. Après les #MeToo, les #BalanceTonPorc, c’est le #JeSuisVictime qui a afflué sur les réseaux sociaux depuis la cérémonie des César.

Alors pour les femmes, c’est triste forcément, c’est dur, mais c’est peut-être fort de voir qu’elles ne sont pas seules, de pouvoir se soutenir et se relever ensemble. Et pour les hommes (trop peu malheureusement), un moyen de se confronter aux expériences douloureuses des femmes, de peut-être entrevoir la nécessité de changer pour les femmes, de songer à aider, de penser à s’effacer aussi, de peut-être accepter qu’effectivement « men are trash ». Tout ça, ce n’est pas que grâce à toi Adèle, mais c’est aussi grâce à toi. On t’aime parce que tu incarnes à l’heure actuelle un modèle pour certains, une ennemie pour beaucoup. On t’aime parce que tu sais être et continuera certainement d’être le porte-étendard d’une lutte nécessaire. On t’aime parce que, finalement, tu as su être plus que « cinéma ». Tu as su être « révolte », « fougue », « exemple », mais surtout, tu as su être « vérité ». Tu as su mettre des mots là où peu voire personne n’osait ou ne savait le faire. Tu as su cracher sur ce et ceux qu’il fallait. Alors Adèle Haenel, on t’aime. On t’aime parce que tu déranges, parce que tu casses les règles d’une société dépassée qui, a fortiori, a trouvé refuge dans le septième art. On t’aime parce que tu as su raviver la flamme d’un débat moral, d’une lutte éthique, d’un combat inévitable.

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