Waves : Bad trip de la désillusion

Waves raconte l’histoire d’un jeune américain, Tyler (Kelvin Harrison Jr), élevé dans une famille riche. Le jeune homme, en passe de devenir sportif de haut niveau, se retrouve blessé et dans l’incapacité de faire de l’activité physique. 

Si Waves a tout d’un teen movie, il parvient à dépasser sa condition pour devenir une oeuvre forte et accessible. 

Le réalisateur Trey Edward Shults (It comes at night) se la joue presque Gaspar Noé au début de son film. Caméra mouvante, sans cesse tourbillonnant dans un paysage onirique et ensoleillé par ce qui semble être la Californie, Waves débute comme la promesse d’un voyage idyllique. Entre alcool, potes et musique, impossible de ne pas se laisser entraîner par une introduction quasiment hypnotisante qui s’amuse à planter le cadre d’une jeunesse dorée. Et qu’il est bon de voir de jeunes noirs américains du bon côté de la vie, avec un avenir et des projets, avec une maison et une famille. Tout semble se passer de la meilleure des façons pour toute la famille de Tyler, et tout paraît rêve pour ce dernier. Un avenir sportif (dont on sait la survalorisation dans notre société), une grande maison, une grosse voiture et une copine magnifique (Alexa Demie). En bref, Tyler a presque une vie de rêve. Oui, presque, car si tout était parfait le film n’aurait pas raison d’être. Tyler a un sérieux problème à l’épaule et doit arrêter le sport. Face à un espoir d’avenir détruit, difficile de savoir comment réagir.

Dans le même tourbillon qu’au début, la caméra s’attarde sur les combats qui détruisent son corps. Impossible d’arrêter la caméra, impossible d’arrêter Tyler. Son père (Sterling K. Brown) le pousse toujours et encore, le porte à bout de bras dans l’espoir qu’il réalise ce que lui n’a pas pu réaliser (c’était à cause de son genou que le père avait, lui, dû arrêter le sport). Tyler subit alors plus son père que sa blessure. Le jour où tout s’arrête, le jour du combat de trop, le père ne s’approche même pas de son fils larmoyant de douleur et de désespoir. La fin d’une ère est arrivée, la fin de la perfection. Pourtant rien ne ternit la photographie de Waves, s’opposant à la descente aux enfers de Tyler. A-t-il le droit de se perdre, d’échouer, de pleurer ? Son père qui lui rabâche les remarques habituelles sur la difficulté de réussir dans la vie quand on est noir, tout ça ne l’atteint plus.

Le film n’est presque plus que nocturne. Tyler, face au vide qui l’attend, sombre. Et le réalisateur s’attarde de manière de plus en plus froide sur son personnage, n’est visible que lui et sa souffrance. Trey Edward Shults s’amuse à changer régulièrement le format de son film, comme pour nous conditionner à percevoir son film par des points de vue divers. On n’attend que ça finalement, de retourner à un plein écran synonyme de liberté. Mais le chemin est long, et il ne s’agit plus que de Tyler. La (re)construction de sa soeur Emily (Taylor Russel) se retrouve au centre du récit. Le film devient alors plus doux, plus simple. On ne s’arrête cependant jamais d’avoir peur. Va-t-elle réussir à surmonter le déclin de sa famille engendré par son frère ? C’est peut-être par la douce naïveté qu’amène Shults qu’on peut enfin apercevoir la vraie beauté de la vie, celle qui n’est pas ambition et lutte, mais celle qui est amour et pardon. 

Waves est donc peut-être encore un teen movie, mais bien plus un récit initiatique. Sous son déguisement de film vu et revu (l’éternel combat pour la victoire et, finalement, l’échec du héros), Waves compile et empile les sujets propres à la jeunesse, souvent dénigrés. Le film a tout donc d’une oeuvre de jeune (le réalisateur et scénariste n’a que 31 ans) fait pour les jeunes. Si sa première partie se pare d’une exagération des problèmes, ce n’est finalement que pour amener l’empathie et la compréhension. Intelligemment, le film capte pleinement l’attention d’un spectateur qui n’est plus que pantin pour lui. Pris dans sa sphère émotionnelle, le spectateur ressent tout, souffre de tout, pleure de tout. N’est alors que plus fort chaque coup qu’assène l’oeuvre de Shults, belle et puissante, parmi les perles cinématographiques de ce début d’année. Sous sa simplicité, Waves recèle à la fois pureté et dureté. Sans grande prise de risque mais sachant viser où il faut quand il faut, Waves fait de son visionnage l’équivalent d’un roadtrip inconstant (tantôt triste, tantôt joyeux) calé sur le rythme de Tyler the Creator ou encore Kanye West, le tout bercé par les ambiances sonores de certains Trent Reznor et Atticus Ross (The Social Network, Gone Girl, 90’s) en très grande forme.

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