Le Prince oublié : À effacer de sa mémoire ?

Hazanavicius revient trois ans après Le Redoutable, film sur Godard, avec Le Prince oublié, dénué de tout intérêt. 

Le Prince oublié met au centre de son histoire un père (Omar Sy) et sa fille. Le père a pour habitude de raconter des histoires à sa fille, histoires qui se transposent dans un monde imaginaire. Sa fille grandit et, inévitablement, ne veut plus d’histoires. Le père fait alors tout son possible pour garder le monde imaginaire intact, ainsi que le lien qu’il a avec sa fille. 

Le réalisateur des OSS 117 (version Dujardin) revient ainsi avec un film familial, là où il ne s’était jamais totalement concentré. Tentative risquée, tentative ratée pour Hazanavicius. Là où le film tout public se cantonne inévitablement à certains stéréotypes permettant l’accès à chacun, il est finalement difficile de créer une identité au film. Michel Hazanavicius échoue donc à ce stade : apposer sa patte au film. Hormis son nom au générique, difficile de reconnaître la personnalité de celui qui a fait The Artist, impossible de retrouver l’audace du cinéaste. Le Prince oublié n’est qu’une suite de poncifs scénaristiques déjà épuisés jusqu’à la moelle depuis des lustres qui se couplent à des acteurs oscillant entre caricature, particulièrement Bérénice Bejo, et froideur. Seul François Damiens s’en sort à peu près dans un rôle tout aussi médiocrement écrit que les autres, mais ayant au moins le mérite d’arracher l’esquisse d’un sourire grâce à un humour noir léger mais clairement nécessaire pour ajouter du relief au film. Omar Sy, comme a son habitude, séduit par la bonté incandescente de sa personne servant grandement le film, sans que son talent s’illustre d’une quelconque manière.

Le réel souci du film n’est donc pas tant son manque cruel d’originalité, mais la potentielle attente qui peut se créer autour de l’oeuvre de par l’esprit qui l’a fait naître. Le cinéphile ne peut qu’être déçu de voir un Hazanavicius assagi qui ne prend aucun risque et ne fait que délivrer une oeuvre insipide qui n’exploite pas le (faible) potentiel qu’il pouvait avoir. Une fois que le principe du film a été assimilé (au bout de dix minutes), à savoir le penchant entre réalité et imaginaire, Hazanavicius se perd dans un scénario linéaire qui ne raconte rien. En somme, Hazanavicius se cache derrière un concept qui ne surprend pas sans jamais vraiment le développer. Décevant de voir une belle relation père-fille se perdre dans des méandres stéréotypés à l’écriture facile et à la réalisation triste. 

Michel Hazanavicius, après avoir exploré de multiples genres cinématographiques et ayant prouvé son talent à chacune de ses tentatives, trouve donc plus fort que lui, ou est-ce le contraire ? D’un esprit génial et passionné, difficile de faire naître les conditions requises pour produire une oeuvre qui doit plaire à tous, de devoir se brimer pour continuer d’explorer le cinéma. Le Prince oublié est donc certainement décevant avant d’être mauvais, contentera certainement ceux qui veulent passer un moment en famille. La curiosité cinéphile n’a cependant pas sa place ici, pour notre grand dam. 

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