La dernière vie de Simon : L’audace à la française

Simon (Albert Geffrier, Benjamin Voisin) est un orphelin de huit ans et rencontre deux jeunes enfants de son âge lors d’une rencontre organisée par l’orphelinat. La famille décide de l’accueillir quelques jours et, au cours d’une soirée, les trois enfants décident de se confier leurs plus grands secrets : Simon, lui, a le pouvoir de se transformer en personnes qu’il a déjà touchées. 

Oeuvre intime et délicate, La dernière vie de Simon surprend agréablement dans son utilisation du registre fantastique. 

Le cinéma français est souvent réticent à proposer des films tâtant le fantastique ou la science-fiction : l’Hexagone a, depuis longtemps, laissé la main aux superproductions américaines. Seulement, il serait dommage de totalement laisser tomber de belles possibilités cinématographiques. Léo Karmann a décidé de ne pas abandonner et, bien au contraire, de fusionner le cinéma fantastique et ce qu’il y a de plus beau dans le cinéma français, à savoir sa finesse et son intelligence. En résulte donc cet hybride qu’est La dernière vie de Simon, savamment pensé pour tirer le meilleur du fantastique. Par pudeur et bon goût est donc évitée la grandiloquence presque inhérente au genre afin de rendre un film qui prend presque toutes les attentes (et les a priori) du fantastique à contrepied. Certes, Simon a le pouvoir de se transformer, mais c’est bien de cette manière que sont amenés de nombreux questionnements sur l’identité, le doute et la perte de repères. Finalement, l’utilisation du pouvoir de Simon devient un superbe lien à toutes ces questions, revêtant une allure métaphorique des plus poétiques. On y admire finalement l’exactitude des choix de transformation, rares et précis, faisant nécessairement écho à tant de choses chez le spectateur. 

On perçoit bien évidemment une bonne dose de nostalgie dans La dernière vie de Simon. Sa première partie est une véritable ode aux années 80, une douceur d’un autre temps et une ambiance qui parle tous. Une vraie maîtrise de la part de Karmann qui transmet la légèreté de l’enfance pour la trancher encore plus vite et amener le spectateur dans la vie de jeunes adultes de ses personnages, et ainsi donner un nouveau ton à son film. Là est donc le plus gros talent du réalisateur qui joue de son film comme Simon use de son pouvoir. Tantôt jeune, tantôt adulte, tantôt nostalgique, tantôt triste.

C’est finalement cette impression d’intimité et de vérité qui persiste tout au long du film, le sentiment que Léo Karmann retranscrit à merveille l’histoire que lui-même et Sabrina B. Karine ont décidé de traiter. C’est cette pureté qui fait de La dernière vie de Simon un film fort, lui permettant de se détacher de sa simplicité et de ses références afin de devenir une oeuvre belle et puissante confirmant la nécessité et l’importance d’un cinéma français indépendant à la capacité de délivrer des films aussi beaux que La dernière vie de Simon. 

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