Adoration : L’amour est l’enfant de la folie

Le jeune Paul (Thomas Gioria) vit dans l’hôpital psychiatrique que sa mère dirige. Adolescent solitaire dans ce lieu coupé du monde, il est fasciné par la jeune Gloria (Fantine Harduin), patiente prisonnière de cet établissement. Fabrice du Welz (Calvaire, Vinyan…) signe un nouveau film fantasmagorique et envoutant.

Jusqu’où peut-on aller par amour ? Au sens biblique, l’Adoration est le culte rendu à Dieu, l’amour sans concession, l’amour sacré. C’est l’amour des cœurs purs.

Paul est cet être au cœur pur. Ami de la nature et des animaux, il recueille, durant ses longues après-midi solitaires, des oiseaux tombés du nid. Le jour où il aperçoit Gloria, jeune patiente de la clinique psychiatrique que sa mère dirige, molestée par des infirmiers, c’est le même élan de protection qui l’étreint. Même si sa mère le met en garde (« Cette file est dangereuse, c’est pas ta copine »), Paul n’écoute que son cœur, intrigué par la fougue de cette adolescente à peine plus âgée que lui. Paul et Gloria s’enfuient pour une folle balade sauvage, une fugue jalonnée de vols et menus larcins.

A sa manière, le spectateur est comme Paul : il veut croire en la normalité de Gloria, croire en ses abracadabrantes histoires de kidnapping, à ses récits de Princesse Sarah paranoïaque. La personnalité de Gloria est le mystère du film. On aimerait comprendre ce mal qui la ronge, cette panique qui est la sienne. On aimerait que sa folie s’explique rationnellement.

Comme Georges Franju avant lui, Fabrice du Welz ouvre son film par une citation de Boileau Narcejac : « Il suffit d’un peu d’imagination pour que nos gestes les plus ordinaires se chargent soudain d’une signification inquiétante, pour que le décor de notre vie quotidienne engendre un monde fantastique. Il dépend de chacun de nous de réveiller les monstres et les fées ».

Cette inquiétante étrangeté, ce quotidien devenu fantastique, est le cœur du film. Cet hôpital niché au milieu de la forêt, vieille masure aux tapisseries hors d’âge, est un décor que ne renierait pas Dario Argento. Le travail sur les ombres portées, les lumières jaunes et rouges, semblent comme sortie de Suspiria.

Du Welz a maintes fois prouvé sa maitrise formelle du son et de l’image, son talent pour mélanger les genres. La photo lumineuse met en valeur les décors champêtre de forêts et de prairies verdoyantes, qui en d’autres circonstances, constitueraient un panorama rêvé pour les aventures d’Heidi. La violence des sentiments de cette romance toxique contraste avec l’apaisement des décors bucoliques, quasi édénique, que ces Adam et Eve parcourent.

Paul : « Je ne veux faire de mal à personne ». Gloria : « Ça viendra. Ça vient toujours ». Après les rêves viennent les cauchemars, mis en scène par des plans larges comme suspendus, fantasmagoriques. Des rêves de jungle, brumeux et vaporeux, à la John Boorman.

Mais toute cette beauté plastique ne saurait nous éloigner de l’essentiel. Le jeu de Thomas Gioria possède une candeur rare, une naïveté à cœur ouvert, extrêmement touchantes. Celui de Fantine Harduin est enthousiaste et enivré, délivrant avec justesse le venin subtil de l’amour fou. La figure bienveillante de Hinkel (Benoît Poelvoorde), gardien veuf d’un parc aquatique jamais achevé, révèle cette faille qui rassemble ces êtres : s’ils sont en apparence normaux,  ils se révèlent désaxés lorsqu’on l’on prend le temps de les écouter davantage. Leur amour est l’enfant de leur folie.

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